Marc Dos Santos, le gars de Montréal à San Francisco

Lorsqu’on a contacté Marc Dos Santos pour une entrevue, sans savoir ce qui se tramait pour lui, il nous a répondu « cette semaine sera spéciale. » Ce fut le cas. C’est désormais officiel, Marc Dos Santos sera le premier entraîneur des San Francisco Deltas, en North American Soccer League. C’est donc pour lui un retour en NASL, ligue dans laquelle il a été nommé entraîneur de l’année en 2015. Capitaine Soccer s’est entretenu avec l’entraîneur-chef québécois, le « preneur de risques », comme il se décrit lui-même, pour discuter un peu de passé, un peu de présent et un peu de futur.

Les enseignements de Kansas City

C’est quelques jours après avoir remporté le titre d’entraîneur-chef de l’année en NASL en 2015 que Marc Dos Santos a été annoncé au poste d’entraîneur-chef des Swope Park Rangers, équipe de développement du Sporting Kansas City. Le principal intéressé y allait principalement pour « apprendre la Major League Soccer », voir la bête de l’intérieur et se faire la main. « J’ai toujours voulu, dans mon parcours en Amérique du Nord, connaître la MLS, explique Dos Santos. Je n’ai jamais eu cette opportunité avec l’Impact de Montréal. Je ne voulais pas arriver un jour comme entraîneur en MLS, un peu parachuté là, sans connaître rien. Et j’avais la chance d’apprendre au sein d’un club qui, selon moi, est parmi les trois ou quatre meilleurs de la ligue si l’on tient compte de tout ce qu’ils ont bâti dans les dernières années. »

Moins d’un an plus tard, le Sporting annonce son départ en fin de saison. Dos Santos admet pourtant que Kansas City avait un plan à long terme le concernant. Malheureusement, le principal intéressé ne se sent simplement pas à sa place en tant qu’entraîneur de l’équipe réserve. « J’ai commencé en 2007 à l’Attak de Trois-Rivières et j’ai eu la chance d’avoir un emploi tous les ans depuis mes débuts là-bas, rappelle Dos Santos. Cela fait dix ans. Dans ces dix années, j’ai appris beaucoup sur moi, sur mes défauts, j’ai grandi, je me suis cassé la gueule et j’ai réalisé quelque chose : je ne suis pas un adjoint, je suis un entraîneur-chef, un manager, c’est ce que je veux faire. Je veux être entraîneur-chef au meilleur niveau possible pour moi, être le meilleur dans ce que je fais au meilleur niveau possible. La NASL me permet de faire ça maintenant. » C’est ce constat qu’il présente à Peter Vermes, entraîneur-chef et responsable des opérations soccer du Sporting, pour lui expliquer sa décision. « Je lui ai dit que je ne me sentais pas comme un entraîneur adjoint, comme un entraîneur d’équipe réserve. Quand on entraîne une équipe réserve, on est un peu le prolongement d’un autre entraîneur, on est un adjoint en réalité. » Dos Santos reconnaît avoir très vite compris que ce n’était pas ce qu’il voulait pour sa carrière, que ce n’était pas la bonne décision sur le plan professionnel. « San Francisco me donne la possibilité de me rattraper, admet Dos Santos. »

Le défi des Deltas

C’est il y a environ trois mois que l’état-major des San Francisco Deltas amorce des démarches auprès de Dos Santos. L’entraîneur est déjà en contact avec quelques autres clubs de NASL, mais se laisse charmer par l’ampleur du défi. « J’ai écouté ce que les équipes avaient à me dire. San Francisco est le club qui m’a proposé le projet le plus ambitieux, le plus difficile, explique Dos Santos. J’ai un côté « preneur de risques », je suis un gars qui n’a pas peur et qui aime les défis. Si je voulais faire beaucoup d’argent à rester assis dans mon sofa à Montréal en train de fumer un bon cigare, les occasions ne manqueraient pas. Mais je ne suis pas comme ça. » Il se laisse donc tenter par l’aventure d’un « défi incroyable », selon lui très différent de celui qu’on lui avait proposé à Ottawa. « Ottawa ne partait pas vraiment de zéro. Il y avait le Fury en PDL, il y avait la construction du TD Place… À San Francisco, on part réellement de zéro. C’est l’occasion pour moi de prouver que ce qui a été fait dans le passé n’est pas une question de chance. »

Partir de zéro est une chose, mais partir de zéro dans une terre loin d’être fertile pour le soccer en est une autre. Nombreuses sont les tentatives qui ont échoué à San Francisco. Dos Santos y voit là une motivation supplémentaire. « C’est la première chose qu’ils m’ont dite, révèle-t-il. Ils m’ont dit : « Regarde Marc, il y a beaucoup d’équipes qui ont essayé et qui se sont cassé la gueule ». C’était la première chose à me dire pour me convaincre. Si je cherchais les options faciles, je resterais ici. Je suis dans un des meilleurs clubs de MLS et je peux grandir ici. Mais j’aime foncer et essayer. Dès qu’ils m’ont dit ça, ils avaient commencé à me convaincre. » Dos Santos visite la ville avec son épouse, est ravi par l’accueil que le club lui réserve et choisit donc de quitter l’organisation du Sporting en fin de saison.

Entraîner en MLS? « Oui, absolument. »

Cependant, puisque l’objectif en se rendant à Kansas City était d’apprendre les rouages de la MLS, c’était donc pour entraîner dans cette ligue un jour. Ce plan est-il toujours d’actualité pour l’entraîneur québécois? « Si l’occasion se présente en MLS pour être entraîneur-chef, pour prendre soin d’un club, pour être devant, je vais la prendre. Si c’est le bon club et les bonnes conditions, oui, absolument. Honnêtement, je ne sais plus si c’est à court ou long terme, mais c’est dans mon avenir. Mais en ce moment, je dois être au plus haut niveau possible pour moi. »

En attendant, Marc Dos Santos poursuit donc son chemin dans les méandres du soccer nord-américain, dont il a pu constater aux premières loges « la croissance incroyable » dans les dernières années. Impatient de relever un nouveau défi, motivé à l’idée de continuer à apprendre, il nourrit toujours des envies et des rêves et pense déjà à la suite. « J’aimerais entraîner le Canada, conclut-il. Et habiter à Montréal. Je pense que ce serait une première, un entraîneur du Canada qui habite à Montréal. »

Parlant de Montréal, même s’il suit « un peu moins » les activités de l’Impact, Marc Dos Santos garde tout de même un œil sur son ancien club, et surtout sur le travail de Mauro Biello, son ancien adjoint. « Je veux le bien pour Mauro Biello, c’est quelqu’un que j’aime beaucoup, admet Dos Santos. Je suis content de voir des gars comme Jason Di Tullio et Wilfried Nancy dans le personnel d’entraîneurs. » Dos Santos qualifie le travail effectué par Mauro Biello de « très bon », reconnaissant qu’il a repris les commandes de l’équipe dans une période « très très difficile » en 2015. « Il a réussi à changer la mentalité et l’équipe a connu une très bonne fin de saison. Cette année, l’objectif est de faire les séries et l’équipe est à quelques points du premier rang. » Selon lui, aucun doute possible, si l’Impact (tout comme Toronto, précise-t-il) se présente en séries avec tout son effectif en santé, il représentera un sérieux prétendant à la MLS Cup. « Les séries éliminatoires, c’est comme l’Euro ou la Coupe du Monde. Ça dure quatre semaines et si une équipe est dans son meilleur moment et qu’il n’y a pas de blessés, elle a de grandes chances. Sans compter Kansas City, si tout le monde est en santé, je mettrais de l’argent sur ces deux là [Montréal et Toronto]. » Parions tout de même que le gars de Montréal préférerait voir Toronto en finale si celle-ci devait se jouer… contre Kansas City.