Ciman, l’homme qui a relancé sa carrière internationale en optant pour la MLS

 

Douze minutes. C’est tout ce à quoi Laurent a eu droit avec l’équipe nationale belge entre octobre 2011 et mai 2016. Au moment de son transfert à Montréal, plusieurs disaient à propos de Ciman que le choix de la Major League Soccer rimait avec la fin de sa carrière chez les Diables rouges. Près de deux ans plus tard, on peut constater que c’est plutôt le contraire qui s’est produit pour le défenseur belge, qui accumule désormais les titularisations. Nous avons décidé de recueillir les avis de deux experts sur le sujet, soit Matthias Van Halst, de MLSsoccer.com, et Pascal Scimè, de l’émission Complètement Foot (RTBF).

Tout d’abord, la grande question : Laurent Ciman a-t-il amélioré sa visibilité en choisissant d’aller jouer en MLS? Pour Matthias Van Halst, la réponse est oui : « Pour augmenter sa visibilité, il devait se distinguer souvent et régulièrement. Ce qu’il a fait, avec pour point d’orgue le titre de défenseur de l’année. » Même son de cloche du côté de Pascal Scimè, qui estime lui aussi que les performances de Ciman ne pouvaient nullement passer sous le radar : « Oui, clairement, il a amélioré sa visibilité, parce qu’il a été élu défenseur de l’année en MLS, il a participé au match des étoiles et son équipe s’est rendue loin. Il y avait non pas un scepticisme sur le plan sportif [ndlr, par rapport à la MLS], mais plutôt certaines interrogations, parce qu’on ne savait pas quel était le potentiel réel de cette équipe de Montréal et quelle était l’aura de la MLS. »

Pour les deux journalistes, au-delà de sa propre visibilité, Laurent Ciman a aussi nettement amélioré le profil de la MLS chez ses compatriotes, ce qui lui a bien servi. « Il a augmenté la visibilité du club de Montréal aux yeux des nombreux supporters belges qui l’aiment et veulent suivre sa carrière, estime Matthias Van Halst. Il a aussi régulièrement parlé dans les médias belges, expliqué que le niveau de la MLS était intéressant, en insistant sur les noms de certains attaquants qu’il devait affronter (Kaka, Villa, etc.). Tout cela mis ensemble a permis de faire comprendre qu’il était intéressant d’avoir la MLS à l’œil. » C’est d’ailleurs à l’émission Complètement Foot, dont Pascal Scimè est un des animateurs, que Laurent Ciman s’est particulièrement exprimé sur sa nouvelle vie au Canada. « Nous l’avons choisi comme consultant un peu “extraordinaire” pour notre émission, parce que c’était une fenêtre sur le continent américain. Il pouvait nous expliquer comment se passaient les matchs, la mentalité sur place, comment on vivait le foot là-bas. Nous, le show à l’Américaine, on ne voit ça qu’à la télé. On avait un vrai acteur, un vrai témoin. Ça lui a bénéficié. »

L’Europe, pas nécessairement un meilleur choix
Ainsi, Laurent Ciman a à la fois relevé son profil de joueur et le profil de la ligue qu’il avait choisie pour la suite de sa carrière, lui qui avait pourtant encore l’occasion de jouer en Europe. Notamment, peu avant l’Impact, le FC Sion avait fait une offre au Standard de Liège et la possibilité de déménager en Suisse était donc bien réelle pour le « Général ». S’il avait opté pour la Suisse, serait-il tombé dans l’oubli sur le plan de la sélection nationale? « Peut-être, mais peut-être pas, explique Pascal Scimè. En tout cas, je pense qu’on aurait peut-être moins parlé de lui. Oui, les journalistes belges auraient fait des papiers et des interviews pour savoir comment se passe le championnat suisse, sur les autres joueurs du Standard à Sion, etc. Mais son choix de Montréal était particulier. » Pour Matthias Van Halst, ça aurait effectivement été compliqué pour Laurent Ciman de faire parler de lui à Sion. « Il y a énormément de Belges à l’étranger et il faut sortir du lot d’une façon ou l’autre si on n’est pas dans un des “grands” championnats. Ciman aurait pu le faire en Suisse aussi, mais j’ai le sentiment que le fait d’être en MLS a contribué à ce qu’il soit un Belge à l’étranger moins anonyme qu’ailleurs. »

Il faut aussi reconnaître que son choix de Montréal, intimement lié au bien-être de sa fille Nina, autiste, est une histoire qui a touché beaucoup de gens, même en dehors du football. « Il a toute l’opinion publique derrière lui, explique Pascal Scimè. Laurent Ciman, et c’était déjà le cas quand il était au Standard, est un asexué footballistique. C’est-à-dire que tout le monde l’aime en Belgique : les supporters d’Anderlecht, ceux de Bruges (peut-être moins; dans un passé récent, on ne l’aimait pas), de Courtrai, de Charleroi, du Standard, d’Ostende… Tout le monde aime Laurent Ciman en Belgique, parce qu’il véhicule de vraies valeurs, des valeurs qui touchent le monde du foot, et surtout parce qu’il a fait un choix de carrière où il a privilégié sa vie de famille, plutôt que de signer pour beaucoup plus dans un club plus huppé. »

D’outsider à incontournable
Grâce à son choix sportif particulier, à l’admiration du public et à ses performances remarquables sur le terrain, Laurent Ciman a su demeurer dans l’actualité en Belgique. Mais était-ce suffisant pour rester sur le radar du sélectionneur Marc Wilmots? Si ce dernier le sélectionnait régulièrement, il ne lui donnait pour ainsi dire pas de minutes de jeu. Jusqu’à ce que l’Euro 2016 se pointe et que les blessures (et la pression populaire) forcent la main de Wilmots. Ciman en profite alors pour se mettre en évidence, en marquant notamment contre la Norvège en match préparatoire. Puis, après un Euro en-dessous des attentes pour l’équipe belge, arrive Roberto Martinez, qui semble voir Ciman dans sa soupe. Quel est donc l’avenir de Ciman en équipe nationale? « Wilmots semblait apprécier l’inclure dans le groupe élargi, mais être réticent à le faire jouer. Sous Martinez, il est monté dans la hiérarchie, clairement, explique Matthias Van Halst. Avant, il était en balance avec des jeunes qui devaient accumuler de l’expérience. Désormais, il est passé devant eux et fait partie de ceux sur qui on compte pour transmettre cette expérience. Pas sûr qu’il soit titulaire si Kompany, Vermaelen, Vertonghen et Alderweireld sont tous aptes à jouer, ce qui n’arrive presque jamais. Désormais, Ciman fait partie des premiers choix juste derrière eux. Il est devenu une certitude aux yeux de l’entraîneur. » Pour Pascal Scimè, c’est une évidence : Roberto Martinez adore Laurent Ciman. « Martinez a dit, un peu en boutade, mais il y a un peu de vérité là-dessous : “Le premier nom que je couche sur la feuille de match, c’est celui de Laurent Ciman!” Ciman bénéficie surtout de son expérience. Il a tout connu, du plus bas niveau au top niveau. C’est un garçon qui connaît ses limites, ses qualités, son corps : il ne va jamais faire des choses qu’il ne sait pas faire. C’est une de ses plus grandes qualités, sans oublier son mental. Il a un mental de fer. Il maîtrise ses capacités à la fois physiques, techniques et tactiques. »

Une cible pour les clubs étrangers?
La Belgique fait partie depuis un petit moment du top 5 mondial au classement FIFA. Dans l’optique où Ciman enchaînerait les titularisations avec les Diables rouges, inutile de dire que cela attirerait les convoitises de clubs étrangers. D’ailleurs, le principal intéressé avait reconnu avoir été approché par au moins un club durant l’Euro 2016. Ce pourrait-il qu’en raison de ce renouveau inattendu en équipe nationale, la valeur de Laurent Ciman augmente sur le marché des transferts? L’Impact de Montréal pourrait-il éventuellement avoir de la difficulté à retenir son défenseur central? Selon Matthias Van Halst, difficile de se prononcer sur la suite des choses. « Il est clair que l’avenir de Nina sera central dans la suite de sa carrière. Et l’argent seul ne procure pas les soins appropriés. Il y a l’aspect linguistique, l’aspect social, la confiance envers les thérapeutes et tellement d’autres facteurs : si tout va très bien ici en ce moment, la réflexion sera beaucoup plus approfondie que le seul aspect salarial. Franchement, seule la famille Ciman est apte à répondre à cette question. » Pascal Scimè, lui, estime qu’il faudrait quelque chose d’exceptionnel pour que Laurent Ciman ne termine pas sa carrière sous le maillot montréalais. « Sauf revirement de situation, j’ai l’impression qu’il va finir sa carrière à l’Impact. Et je le vois même rester à l’Impact comme dirigeant, car il a l’étoffe d’un meneur d’hommes. Je le vois prolonger à l’Impact, puis rester au Québec pour le bien de sa famille. Il faudrait vraiment une offre mirobolante et extraordinaire pour qu’il quitte Montréal. »

Laurent Ciman aura donc, pour l’instant, réussi à faire mentir tous ceux qui prétendaient que s’exiler en MLS était synonyme de suicide sportif sur le plan du foot international. Cependant, beaucoup de facteurs particuliers, voire inédits, ont joué en sa faveur : les raisons de son choix, sa grande popularité, ses performances sur le terrain et le fait d’être en quelque sorte un pionnier, le premier à venir défricher la terre et faire découvrir à ses compatriotes cet animal étrange qu’est la MLS, tout s’est aligné pour lui permettre de marquer les esprits, bien plus que s’il était resté au Standard de Liège, probablement. Dans cette équipe du top 5 mondial, derrière les cadres, le choix logique, c’est maintenant Laurent Ciman. Et à en juger par l’état de santé de certains de ses coéquipiers et la confiance que lui accorde son sélectionneur, « Lolo » semble être chez les Diables pour y rester encore longtemps.

Eric Chenoix
@EricVking
@capitainesoccer