Impact de Montréal : bilan d’une saison en deux temps

Si la saison a été somme toute difficile, elle s’est terminée par un impressionnant parcours en séries d’après-saison.

À deux pas du rêve, l’Impact a du se contenter… d’avoir fait mieux qu’en 2015. Un club en progression, trop lente pour certains supporters, mais qui laisse croire que l’avenir sera positif. Voici une évaluation globale de tous les secteurs de l’équipe montréalaise.

Le gardien
À tout seigneur tout honneur, allons-y avec le dernier rempart, l’homme trop souvent pointé du doigt pour les erreurs des autres, le gardien de but. Evan Bush a été le premier à le reconnaître : après un bon départ, il a connu une saison difficile, puis a su élever son jeu d’un cran dans le dernier droit. Si vous lisez assidûment mes trois constats après les matchs, vous l’avez compris : Bush a connu une saison difficile et a coûté beaucoup de points à son équipe. Au moins, l’homme en est conscient, ce qui signifie qu’il a les moyens de resserrer les boulons. Il serait surprenant de voir l’Impact apporter des changements dans ce département, hormis l’inévitable et attendue promotion de Maxime Crépeau au poste de no 2. Pour Bush, la saison 2017 pourrait donc être cruciale pour la suite des choses. Il devra faire mieux.

La défense
Secteur de l’équipe qui avait donné satisfaction en 2015 et qu’on n’avait pas cru nécessaire de renforcer, la défense a fait à peu près tout ce qu’il ne fallait pas faire sur un terrain durant la saison. On a eu droit à un spectacle complet d’erreurs menant à des buts adverses : mauvaises touches, erreurs de positionnement, fautes de marquage, pertes de concentration, mauvaise communication. La défense de l’Impact a été une incroyable source de buts gags en 2016. Cependant, quand elle ne faisait pas de pitreries, elle jouait bien et même très bien. Mais les erreurs ont coûté. Ainsi, il ne faudra pas rechigner sur les efforts pour l’améliorer. Si les joueurs, individuellement, sont somme toute source de satisfaction, la somme des parties a de grosses lacunes à combler en ce qui a trait à l’aspect physique et au jeu aérien. N’en déplaise aux admirateurs de Victor Cabrera, la venue d’un gros bonhomme capable de jouer de la tête, tel un Jelle Van Damme, est nécessaire.

Le milieu
Les saisons se suivent… et se ressemblent. Encore une fois, le capitaine Patrice Bernier a dû lutter pour des minutes et prendre son mal en patience pour finir la saison en montrant à tout le monde qu’il est encore et toujours un joueur de grande classe indispensable à ce noyau. Ne me demandez pas pourquoi il doit continuellement remonter dans le même manège chaque saison, je n’ai pas de réponse. Pour le reste, on a vu Mauro Biello essayer toutes sortes de choses, parfois étranges, avant de remettre les pieds dans ses bonnes vieilles pantoufles : un milieu axial à trois. Et cette fois, on a même rapatrié, avec succès, un ancien : Hernan Bernardello. Si l’arrivée de l’Argentin coïncide avec le retour du tram 93 sur les rails, ce n’est pas un hasard. Bernardello a apporté dans le jeu une hargne qui faisait défaut à un milieu qui se faisait trop souvent passer facilement sur le corps (l’aspect physique, encore). Devant la défense, et un peu à l’image de celle-ci, Marco Donadel a été souvent très bon, souvent approximatif. L’âge des trois milieux axiaux demeure une source de questionnement et le peu de solutions sur le banc indique qu’il s’agit de la seconde priorité du mercato. Heureusement, tout indique que Blerim Dzemaili devrait aboutir dans la Métropole l’été prochain, une excellente prise s’il en est une. Cependant, il ne faudrait pas hésiter à recruter un autre bonhomme physique doué pour le jeu défensif, voire la récupération, pour bousculer l’adversaire, combler les écarts et pallier aux éventuelles blessures, voire carrément remplacer Donadel à moyen terme, lui qui semble souvent peiner physiquement.

L’attaque
Difficile de prévoir, après avoir vu les feux d’artifice de Didier Drogba en 2015, que l’Ivoirien ralentirait autant, jusqu’à occuper ni plus ni moins qu’une voie de garage dans l’effectif de Mauro Biello. Souvent durant la saison, on a entendu dire que l’Impact était meilleur sans Drogba. Autant il est étrange de concevoir qu’une équipe puisse être meilleure sans un tel joueur, autant ce n’était pas faux. On sentait les joueurs plus libres dans leur jeu quand « DD » n’était pas sur le terrain. Y compris Piatti, qui a littéralement survolé les pelouses en 2016, en se déhanchant comme un flamboyant Elvis Presley latino sur le speed (si vous trouvez que j’exagère, demandez l’avis de tous ces défenseurs de MLS qui ont perdu un rein et leur dignité cette saison à cause de Nacho). À noter aussi l’apport crucial de Dominic Oduro, utilisé seul en pointe en début de saison quand Drogba se remettait en forme, puis sur la droite, où il a terrorisé bien des défenses en octobre et novembre. La polyvalence du Ghanéen est à garder en tête pour ceux et celles qui exigent qu’on « remplace » Drogba. Ce n’est peut-être pas si nécessaire qu’on le pense. La qualité indéniable de Matteo Mancosu en pointe est encourageante et l’Italien semble bien se plaire dans le système de jeu; il a d’ailleurs marqué plusieurs buts à des moments clés. Il pourrait être bien appuyé par Oduro (qui partagerait son temps entre l’attaque et le flanc droit, où Ballou pourrait accumuler de l’expérience) et Jackson-Hamel, ce dernier ayant bien fait en USL en 2016 et méritant plus de minutes. Il y a toujours le mercato estival pour ajuster le tir au besoin.

Les jeunes
Difficile de dresser un bilan, car il y a peu de choses à rapporter. Et puis de toute façon, les jeunes, c’est l’avenir, hein? Si l’Impact a toujours été hésitant à faire confiance aux jeunes, la saison 2017 pourrait (devrait?) être l’occasion de changer de philosophie quand on voit la qualité technique de David Choinière et Jean-Yves Ballou Tabla. Si Choinière avait fait un match correct contre l’AS Roma et donné quelques minutes encourageantes en MLS, quiconque a assisté à ce match amical contre les Italiens se souvient d’une chose : Ballou qui fait tourner la défense romaine en bourrique. Si le jeune peut le faire contre la Roma (ou son équipe B, d’accord, je vous l’accorde), il serait idiot de penser qu’il ne peut pas le faire contre New England. Il faut désormais que l’Impact comprenne que si un jeune joue 90 minutes régulièrement, personne ne va mourir. Surtout si c’est un jeune qui a le talent de Ballou. C’est maintenant que ça se passe.

L’entraîneur
Sans aucun doute, la saison 2016 en a été une d’apprentissage pour Mauro Biello et son personnel. De toute évidence, l’entraîneur-chef montréalais aura appris qu’il est inutile de refuser de voir les évidences. En se battant on ne sait trop pourquoi avec son 11 et sa façon de jouer pendant presque toute la saison, Biello a perdu un temps précieux pour roder son schéma tactique et faire répéter à tous les acteurs leur rôle jusqu’à ce qu’ils le connaissent au bout des doigts. Ultimement, cela aura coûté cher en séries, où on a pu voir la différence entre une équipe bien rodée (en rouge) et une équipe un peu moins bien rodée (en bleu). Étrangement, la saison de Biello s’est terminée de la même manière qu’en 2016 : en force, mais avec le sentiment d’avoir pu faire mieux. Les impressions sont bonnes, l’entraîneur et son staff sont là où ils doivent logiquement être dans leur apprentissage et leur courbe de progression pointe vers le haut. Positif.

La conclusion
En bref, l’Impact a connu une bonne saison, mais a aussi connu sa part de difficultés. Plusieurs points sont à corriger pour que l’équipe continue à progresser. Dans la liste d’épicerie, et en ordre d’importance, il faudra donc trouver un défenseur central robuste et bon de la tête et un milieu de terrain pouvant venir relever efficacement ou substituer « les trois » en attendant l’arrivée de Dzemaili. Il faudra aussi songer à mieux intégrer les jeunes et à faire de la place à tous tout au long de la saison, pour éviter d’arriver en séries avec des joueurs de banc un peu hors circuit. Et bien sûr, si une occasion en or se présente, il faudra la saisir, sans toutefois jeter tout le travail accompli par la fenêtre pour accueillir un nom qui fera vendre des maillots. Actuellement, l’identité sportive de l’équipe est suffisamment claire pour bien orienter le recrutement. L’Impact se doit d’en profiter.