Le MLS SuperDraft est-il toujours pertinent?

C’est ce vendredi à Los Angeles qu’aura lieu le SuperDraft de la Major League Soccer, rituel annuel de recrutement du championnat américain. Si l’exercice ne produit pas de grandes quantités de joueurs de premier plan, il était autrefois la principale source de recrues des clubs américains. Mais 21 ans après le tout premier SuperDraft, il convient de se demander si l’exercice demeure pertinent.

Au cours des dernières années, la Major League Soccer a entrepris un virage important en matière de recrutement. Notamment, l’activité des clubs sur le marché des transferts a radicalement augmenté. De plus en plus de talents étrangers viennent s’ajouter aux effectifs des clubs lors des mercatos d’hiver et d’été. Au-delà des gros noms en fin de carrière, comme les Villa, Lampard et autres Drogba, dont les séjours sont parfois réussis, parfois ratés, c’est surtout dans le recrutement de joueurs moins connus, mais de grande qualité, comme les Ciman, Piatti, Lodeiro et Valeri que la MLS excelle. Ces derniers, moyennant un salaire somme toute modeste (en comparaison aux anciennes gloires du foot mondial), ont un impact immédiat sur leur équipe et sur le championnat. Par ailleurs, l’âge des joueurs étrangers recrutés ne cesse de baisser. Fini les trentenaires; on se tourne de plus en plus vers des jeunes, notamment grâce au statut de « jeune joueur désigné ».

Aussi, les clubs de Major League Soccer ont depuis plusieurs années adopté un système de recrutement et de formation qui n’a absolument rien de nord-américain : les académies. Si dans les autres sports majeurs on procède surtout par repêchage des meilleurs talents universitaires, la MLS a vite constaté que dans le soccer, les choses se passent différemment. Si les autres ligues dites « majeures » d’Amérique du Nord évoluent en vase clos, la MLS, elle, fait indéniablement partie du reste de la planète en ce qui a trait au recrutement. Ainsi, un jeune joueur américain ou canadien peut être pisté par de grandes écuries européennes et être recruté dès ses 18 ans, voire plus tôt. D’où l’importance de trouver une façon de recruter ces jeunes plus rapidement, pour en faire profiter la ligue et les clubs, que ce soit sportivement ou financièrement, ou les deux. Pour les clubs, la façon la plus logique d’y parvenir était donc de créer des académies, qui leur permettraient de recruter dans le bassin local des joueurs très jeunes afin de les développer pour l’avenir. Certains clubs, notamment le FC Dallas, dont l’effectif est constitué en grande partie de produits de son académie, récoltent en ce moment les fruits de plusieurs années d’investissement.

Ainsi, avec un influx de talents étrangers de plus en plus jeunes et la montée de produits locaux par l’intermédiaire des académies des clubs, reste-t-il suffisamment d’espace pour le bon vieux SuperDraft? Force est de constater qu’en 2017, ce rituel pourtant essentiel lors des premières enjambées de la ligue au milieu des années 1990 a des allures de dinosaure. À une époque où les clubs sont plutôt enclins à signer des pépites sud-américaines de 22 ou 23 ans, difficile de se motiver à recruter (obligatoirement qui plus est) des joueurs nord-américains plus ou moins du même âge qui ont mis l’accent sur leurs études plutôt que sur le sport. Encore plus si ceux-ci viennent prendre la place d’un ou l’autre des produits de l’académie, formés pour adopter la philosophie de jeu du club. Pour résumer, le repêchage est donc l’occasion de recruter des joueurs « âgés » (presque uniquement de 21 ans ou plus), en post-formation et donc sans expérience professionnelle.

Par contre, malgré sa dégaine d’une autre époque, le SuperDraft a permis récemment à quelques clubs de dénicher des perles rares. Quelques joueurs sont devenus des incontournables dans le 11 des clubs qui les ont repêchés. Il suffit de songer par exemple à Andre Blake (repêché à 23 ans), gardien titulaire de Philadelphie et de la Jamaïque, qui a été sélectionné au tout premier rang en 2014. Plus tard en 2e ronde cette année-là, Thomas McNamara (22 ans), qui est parvenu à faire sa place au sein de l’effectif de New York City, a été retenu par Chivas. En 2015, Cyle Larin, buteur en série d’Orlando, et Axel Sjöberg, gigantesque pilier de la défense centrale des Rapids du Colorado, ont tous été deux sélectionnés en première ronde. Si Larin n’avait que 19 ans, Sjöberg, lui, avait déjà 23 piges avant d’endosser le maillot grenat. En 2016, le monstrueux défenseur Keegan Rosenberry (22 ans) a fait son chemin jusqu’à Philadelphie en passant par le SuperDraft.

Faut-il donc éliminer le SuperDraft? La réponse immédiate est évidemment non. Par contre, difficile d’ignorer le petit nombre de recrutements significatifs réalisés chaque année via le repêchage, ce qui donne au processus une allure de jeu de hasard. Clairement, le SuperDraft mobilise énormément de ressources pour dénicher une poignée de joueurs qui, logiquement, pourraient être détectés et recrutés autrement. Une réforme devrait de toute évidence être envisagée, mais ne parions pas là-dessus, car les Américains sont friands de rituels annuels, comme les séries éliminatoires et… les repêchages.