Le soccer au féminin

Le 24 janvier avait lieu la Journée internationale du sport féminin. Durant cette journée, le monde entier se questionne sur la médiatisation du sport féminin et l’égalité des sexes dans le sport. Au Québec, le sujet a suscité plusieurs réactions et débats. Nous avons donc décidé d’éclaircir un peu la situation en ce qui a trait au soccer.

Selon le dernier rapport de l’Association canadienne de soccer, émis en 2015, sur les 823 450 joueurs enregistrés, 321 450 sont des femmes, soit environ 39%. Au Québec, on compte 66 995 joueuses, ce qui équivaut à environ 37% des membres. Bien que le soccer soit donc encore un sport majoritairement masculin, beaucoup d’efforts ont été mis dans les dernières années pour développer le volet féminin autant du côté de la FIFA que de l’Association canadienne et de la Fédération de soccer du Québec.

Accueillir la Coupe du monde féminine de la FIFA en 2015 est d’ailleurs une étape importante à souligner pour le développement du soccer féminin dans notre pays. Soulignons que la finale opposant le Japon aux États-Unis a attiré 60,7 millions de téléspectateurs à travers le monde. Malgré ces chiffres, les événements majeurs comme les Coupes du monde et les Jeux olympiques, parsemés de matchs amicaux de l’équipe canadienne ici et là, sont les seuls rares moments où les jeunes Canadiennes ont la chance de voir évoluer leurs idoles.

Manque de structure
Au Canada, il n’existe aucune ligue professionnelle de soccer féminin. Jusqu’à tout récemment, les Québécoises qui espéraient pouvoir faire carrière au soccer pouvaient se tourner vers les Comètes de Laval ou encore l’Amiral de Québec. Il y a même eu l’Xtreme de Montréal, le temps d’une saison, en 2004. Mais voilà que la W-League, la ligue semi-professionnelle dans laquelle évoluaient ces équipes, a cessé ses activités en 2015. Elle a été succédée par la United Women’s Soccer, qui ne regroupe que des équipes des États-Unis. Chez nos voisins du Sud, on retrouve également la Women’s Premier Soccer League (WPSL), une autre ligue semi-professionnelle, créée en 1997.

En 2012, la National Women’s Soccer League (NWSL), a vu le jour, devenant ainsi la troisième tentative d’organisation d’une ligue professionnelle aux États-Unis (après la Women’s United Soccer League de 2001 à 2003 et la Women’s Professional Soccer de 2010 à 2012). Mais au Canada, c’est malheureusement le néant. Donc, nos joueuses locales n’ont d’autres choix que de s’exporter pour continuer de jouer. L’Europe offre également des opportunités intéressantes. Josée Bélanger et Marie-Ève Nault ont notamment évolué dans le championnat suédois féminin.

Égalité des sexes?
Au soccer, on ne peut pas vraiment parler d’équité salariale…! Si on s’amusait à comparer les salaires? Cristiano Ronaldo, élu Meilleur joueur de l’année par la FIFA en 2016, vient d’accepter un contrat le liant au Real Madrid jusqu’en 2021 avec un salaire d’environ 50 millions par année. En ce qui a trait à Carli Lloyd, qui a remporté le titre du côté féminin, elle défend les couleurs du Houston Dash en NWSL. Cette ligue a un plafond salarial de 265 000 $… Lloyd est l’une des athlètes qui se bat pour l’équité salariale et qui a rendu public certains chiffres. Elle a entre autres mentionné dans une lettre publiée par le New York Times en avril 2016 que les cinq meilleurs joueurs de l’équipe nationale américaine touchent un salaire moyen de 406 000 $ par année, alors que les cinq meilleures joueuses reçoivent chacune en moyenne 72 000 $. Elle raconte même que, lors des déplacements, Michael Bradley reçoit 75 $ par jour pour couvrir les frais, alors qu’elle ne reçoit seulement 60 $! 

Un soutien des ligues masculines
Pour le soccer féminin, on évoque souvent le manque de commandites, le manque d’intérêt de la population, le manque de médiatisation… Mais ne s’agit-il pas d’une roue qui tourne? Plus les médias en parlent, plus ils génèrent un intérêt de la population et plus des compagnies seraient intéressés à investir? Les jeunes filles ont aussi besoin de voir des modèles. Cette visibilité engendrerait une augmentation d’inscription de la part des filles. Notre équipe nationale est l’une des meilleures au monde! Doit-on rappeler que nos Canadiennes ont raflé la médaille de bronze lors de leurs deux dernières participations aux Jeux olympiques?! Pour continuer d’être parmi les puissances mondiales, on doit continuer d’investir dans le soccer féminin au Canada et surtout de développer le talent local, pour assurer la relève.

Afin de faciliter le développement féminin, on fait souvent référence à la Women’s National Basketball Association (WNBA), qui est gérée par la National Basketball Association (NBA). Selon ce modèle, la ligue est sous la gouverne du volet masculin et les revenus générés par la NBA peuvent être réinvestis dans la ligue féminine. Notons aussi que la League 1 Ontario, une ligue semi-professionnelle de soccer, compte une division masculine et un volet féminin a été créé en 2015. Lors de la dernière saison, la ligue regroupait 12 équipes féminines. Des discussions sont d’ailleurs en cours au Québec pour créer un volet féminin à la Première ligue de soccer du Québec. Bonne nouvelle! Les clubs pourraient continuer de développer leurs joueuses sans que celles-ci aient à partir à l’étranger pour vivre leur passion! Des développements devraient avoir lieu dans les prochains mois…

Paméla O’Neill
@pamie9