Origines

Je n’avais même pas encore obtenu mon diplôme universitaire que j’avais déjà les deux pieds bien plantés dans le monde du soccer québécois – un dans le journalisme, l’autre dans les relations médias.

Mais racontons l’histoire dans l’ordre.

Attiré par le monde du journalisme après avoir passé mon adolescence à lire goulûment la section sportive de La Presse – Pierre Foglia y écrivait à l’époque –, j’ai vite nourri l’ambition de faire ma marque comme reporter spécialisé dans le soccer après avoir découvert ce sport comme joueur et partisan.

D’abord joueur de baseball à l’âge de 6-7 ans quand ma famille résidait à Châteauguay, j’ai commencé à jouer au soccer quand nous nous sommes installés à Pierrefonds. Je me souviens des pratiques du samedi matin. L’instructeur, un Britannique, nous traitait de « meadow muffins » quand nous manquions de vigueur. Son accent d’ouvrier de Liverpool faisait en sorte que ça ressemblait davantage à un sketch de Monty Python qu’à de la torture mentale.

Je me débrouillais pas mal comme défenseur. Je retirais une certaine fierté du fait qu’on me demande de m’occuper des coups de pied de but, parce que j’étais le seul dans l’équipe capable de sortir le ballon de la zone de réparation. Fut-ce en trichant un peu, car oui, je bottais le ballon du bout des orteils pour y arriver.

Mon père m’annonça un jour qu’il n’allait plus m’inscrire au soccer. Parce que, rendu fin juillet, début août, pas mal de monde allait en vacances. Des matchs étaient annulés, faute de joueurs. À quoi bon prendre un tel engagement quand la moitié de la saison tombe à l’eau?

Même si j’ai joué au hockey jusqu’à l’âge adulte et que je suis littéralement tombé (de joie) en bas du sofa quand Guy Lafleur a marqué son célébrissime but en séries contre les Bruins, j’ai toujours gardé une place dans mon cœur pour le soccer. Une place que j’avais de la difficulté à combler étant donné le peu de visibilité qu’avait ce sport dans les médias québécois. À l’époque, on parlait seulement de soccer quand il y avait une émeute entre hooligans, quand le montant d’un but en métal tombait sur la tête d’un enfant ou lorsqu’un Brésilien décédait d’une crise cardiaque en regardant jouer la Seleçao.

Un jour, du soccer est apparu comme par magie dans ma télé. C’était à PBS, l’émission s’appelait Soccer Made in Germany. On présentait des matchs de la Bundesliga en condensés de 60 minutes. Une belle introduction au foot de haut niveau.

Puis s’ouvrit la porte du bonheur quand le Manic a vu le jour en 1981. Soudainement, sous l’impulsion de la plume enthousiaste de Réjean Tremblay dans La Presse, entre autres, le Québec s’est mis à la page de la NASL, ligue où avait jadis évolué Pelé. Enfin, la preuve que j’étais pas niaiseux d’aimer le soccer!

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Gordon Hill et le Manic ouvrent la porte du bonheur.

Non, je n’ai pas assisté au match de 59 000 personnes au Stade olympique. J’allais surtout voir les matchs quand le Manic affrontait des équipes poches. Pourquoi ? Parce que le Manic alignait une équipe vaillante, mais moyenne. Face aux autres équipes moyennes, les Gordon Hill, Tony Towers et cie réussissaient à mettre en valeur leur enthousiasme et leur détermination. Face aux puissances de la NASL, ils avaient tendance à en arracher. Et moi, quand j’allais au Stade, je voulais voir mes joueurs préférés gagner, et surtout bien paraître, afin de passer un bel après-midi.

 

Quand je me suis retrouvé à l’université Concordia pour suivre des cours en journalisme, on était à l’hiver 1985-86. Le Manic ayant disparu, le soccer était retombé dans l’oubli. En atelier de journalisme, où il fallait produire un court article par semaine, on nous avait demandé de préparer un reportage plus long en vue de la fin de la session. Sujet : libre.

Le thème m’est venu tout naturellement : pourquoi le soccer, le sport le plus populaire de la planète, était-il aussi peu visible en Amérique du Nord?

Première étape dans mes recherches : faire un petit recensement des publications sur le soccer. Résidant de Ville Saint-Laurent à l’époque, je me suis rendu à la tabagie qui se trouvait aux coins de Côte-Vertu et Décarie.

Sur place, j’y trouve quelques magazines de foot… tous européens. Puis, eurêka : un numéro du magazine Québec Soccer. À la une, on annonce le retour du soccer de grande envergure en sol québécois avec la mise sur pied de la Ligue nationale de soccer du Québec, un circuit semi-professionnel.

Je déniche les coordonnées de la LNSQ, le commissaire de la ligue Roger Perreault s’exclame « excellente idée ! » quand je lui parle de mon projet. Ma première entrevue pour mon travail de session se fera avec lui.

Roger Perreault me reçoit au bureau de la ligue, il est généreux de son temps. Une fois l’entrevue terminée, il me demande :

« On est à la recherche d’un agent d’information. Ça t’intéresse? »

Mets-en!

« C’est bénévole. »

Pas grave. Surtout que Pascal Cifarelli, alors président de la LNSQ naissante, était aussi éditeur de Québec Soccer. Et écrire pour le magazine, ça payait, quoique modestement. Mais surtout, tout ça était une porte d’entrée parfaite vers le reste de ma carrière. Une porte qu’on m’ouvrait toute grande.

Quelques jours plus tard, j’étais agent d’information de la LNSQ et journaliste pour Québec Soccer (oui, oui, conflit d’intérêts, mais ça c’est une histoire qu’on vous racontera une autre fois). Deux ans avant d’obtenir mon diplôme universitaire, ma carrière était bien entamée.

Trente ans plus tard, même si je me suis parfois un peu éloigné du soccer québécois – pour mieux y revenir – l’aventure continue.

Et elle se poursuivra maintenant au moyen de cette chronique, Rétrosoccer, qui posera un regard sur le riche passé du soccer québécois en donnant l’occasion à différent(e)s intervenant(e)s (y compris votre serviteur) de raconter les moments forts qu’ils (elles) ont vécu au fil des ans.

Vous verrez, ce ne sera pas banal. Pas banal du tout.

Marc Tougas
@TougasMarc