Yann-Alexandre Fillion, de Montréal à Zurich

 

Il y a une vingtaine d’années, le chemin était simple pour le joueur de soccer québécois qui rêvait d’une carrière dans le sport. À l’image des Patrice Bernier, Gabriel Gervais ou Patrick Leduc, il devait s’inscrire dans une université américaine, et espérer attirer l’attention de l’Impact de Montréal pour débuter sa carrière. Avec le temps, les universités américaines ont perdu de leur attrait. Les jeunes se sont alors tournés vers l’Europe, avec peu de succès. Pour un Samuel Piette, un Jonathan Beaulieu-Bourgault, qui réussissent à passer des équipes de jeunes aux équipes pros, il y a eu de nombreux échecs.

Aujourd’hui, la situation a changé. L’Impact a repris sa place dans le portrait. Avec sa préacadémie et son académie, les jeunes joueurs d’ici ont une option intéressante pour se mettre sur la voie d’une carrière professionnelle. Mais il y a un bémol. Tout ça, l’Impact ne le fait pas pour les beaux yeux des joueurs, elle le fait pour son propre intérêt. C’est ce qu’on a vu l’automne dernier avec la dissolution du FC Montréal.

Maintenant, les jeunes joueurs qui aspirent à devenir des joueurs professionnels font face à un nouveau défi. Ils doivent passer outre le rejet de l’Impact et se trouver une nouvelle voie pour continuer dans le monde du ballon rond. C’est ce qu’a vécu le gardien Yann-Alexandre Fillion. Après une année en USL, il a déménagé ses pénates en Suisse pour rejoindre le FC Zurich en seconde division.

Originaire d’Ottawa, le jeune franco-ontarien était un sportif accompli. Basketball, hockey et soccer meublaient ses temps libres. « C’est vers l’âge de 13 ans, après avoir été choisi en sélection régionale, que j’ai vraiment réalisé à quel point j’étais en amour avec le soccer. Je me suis alors uniquement concentré sur ce sport. » Après avoir joué dans la capitale canadienne, Fillion traverse la rivière des Outaouais et se retrouve à l’AS Hull.

De là, le jeune gardien fait tranquillement sa place. En 2012, après avoir vu un ami tenter sa chance aux essais de l’académie de l’Impact, il décide de s’inscrire lui aussi. Après quelques rondes d’essais, il intègre l’équipe U16 en janvier 2013. D’année en année, il progresse. Au point où en 2015 il rejoint la USL avec le FC Montréal. Au terme de cette saison, il est remercié par le club et se retrouve devant rien.

Rapidement, il retombe sur ses pieds. Dès le début 2016, il traverse l’Atlantique pour faire des essais, entre autres au FC Zurich. « Après la semaine de test en Suisse, ils m’ont rappelé pour me proposer de faire un plus long séjour afin de pouvoir m’évaluer sur une plus longue période. J’ai donc passé deux mois à Zurich. Je suis ensuite retourné au Canada le temps des négociations et j’ai fini par signer un contrat de cinq ans au mois de mai 2016. »

En tant qu’ancien du FC Montréal, Fillion n’est pas indifférent devant la disparition de l’équipe. Même court, ce passage en USL a joué un rôle dans la suite de sa carrière. « La USL, c’est quand même un championnat pro, malgré le fait qu’il ne soit pas vraiment reconnu au niveau international. » Cette expérience l’a préparé à passer au niveau suivant dans sa carrière.

Malgré tout, la transition suite à son déménagement en Suisse ne c’est pas faite sans heurts. Au niveau de sa vie privée, l’adaptation s’est bien passée. Par contre, sur le terrain, ce fut une autre histoire. « Ma formation a été très différente des gardiens en Suisse, donc forcément j’ai dû prendre sur moi et travailler certaines faiblesses qui causaient de petits problèmes dans mon jeu. Pour moi, la plus grande différence est la vitesse de jeu, mais également le style de jeu. Tout est beaucoup moins direct et le jeu est beaucoup plus organisé tactiquement qu’en Amérique du Nord. »

Malheureusement pour le jeune gardien, il n’a pas pu mettre à profit ses nouvelles aptitudes sur le terrain. Une vilaine blessure qui a nécessité une opération a ralenti son intégration à l’équipe première du FC Zurich. Et comme la saison se déroule bien pour le club en ce moment (1er au classement, avec une bonne avance), il serait surprenant de le voir sur le terrain à court terme.

Malgré tout, il faudra avoir Yann-Alexandre Fillion à l’œil. En tant que gardien, c’est normal de devoir patienter avant d’avoir la chance de s’imposer. Puis avec un contrat à long terme en poche, il sait que son club croit en lui. Éventuellement, il aura l’occasion de jouer. Il ne lui reste donc qu’à saisir sa chance.

Ludovick Martin
@LeKurosawa