On prend les mêmes et on recommence

Malgré sa saison ponctuée de hauts de bas en 2016, incapable de trouver son onze de base pendant une bonne partie de la saison, l’Impact de Montréal a fini par mettre tous les morceaux en place et a terminé l’année avec une électrisante épopée dans les séries éliminatoires de la Major League Soccer. Cette profonde avancée jusqu’aux portes de la finale de la Coupe MLS aura eu le mérite de placer l’Impact, aux yeux de bien des observateurs, parmi les meilleures formations de la ligue. Quand les Montréalais monteront sur le terrain du Avaya Stadium pour y affronter les Earthquakes de San Jose ce week-end, il est plus que probable que Mauro Biello opte pour le même 11 que celui qui avait amorcé le match retour de la finale de la conférence Est il y a quelques mois à peine. Il a fallu si longtemps pour trouver le bon mélange, alors pourquoi jeter la recette?

Une saison morte plutôt calme
Ironiquement, la stabilité – celle-là même qui était absente durant une bonne partie de la saison 2016 – était au cœur de la stratégie du Bleu-Blanc-Noir durant la saison morte. Durant l’hiver, le directeur technique Adam Braz ne s’est pas fait prier pour répéter que le club cherchait d’abord et avant tout à conserver son onze de base intact. Par conséquent, peu de transferts à rapporter, et clairement pas grand-chose de suffisamment excitant pour écrire à sa mère. Les changements les plus notables se sont produits, sans grande surprise, sur le banc, où Harry Shipp et Johan Venegas ont disparu, échangés à Seattle et au Minnesota respectivement. Mais c’est bien entendu quand on parle de la défense que les supporters montréalais se mettent à rire nerveusement. Il est de notoriété publique que l’Impact a connu en 2016 toutes sortes de problèmes quand venait le temps de défendre sur les phases arrêtées. Étrangement, aucun renfort significatif n’a été ajouté à la brigade défensive. Pire encore, l’absence de Donny Toia, sélectionné par Atlanta lors du repêchage d’expansion (puis échangé à Orlando), laisse un vide énorme derrière le champion africain Ambroise Oyongo. Ce dernier est actuellement sur le radar de quelques clubs européens et un départ cet été est loin d’être impossible, mais le club semble vouloir se fier uniquement à l’ancien joueur de Toronto Daniel Lovitz pour suppléer l’international camerounais. Est-ce suffisant? Du côté des autres arrivées, on notre l’arrière droit Chris Duvall (acquis lors de l’échange de Venegas) et le milieu-pitbull argentin Adrian Arregui (en prêt du club de première division argentine CA Temperley).

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La vision de Biello
La saison dernière était la première saison complète de Mauro Biello en tant qu’entraîneur-chef de l’Impact de Montréal. Si la saison 2016 des Montréalais est considérée par beaucoup comme un succès, on ne peut ignorer que Biello a beaucoup jonglé avec ses alignements et ses tactiques pendant une bonne partie de la saison – l’équipe n’a pas été en mesure d’aligner plus de deux victoires consécutives en saison régulière. Biello a fait des pieds et des mains pour instaurer un style de jeu axé sur la possession de balle, mais c’est uniquement lorsqu’il a décidé de baisser pavillon et de se fier aux bonnes vieilles habitudes de contre-attaque de sa bande que l’Impact a finalement décollé.

Comme l’Impact a misé sur la stabilité durant la saison morte, s’assurant de garder en place l’effectif qui avait si bien fait en fin d’année, tout indique que Biello a appris de ses erreurs et s’est assuré cette fois de ne pas tenter d’altérer l’ADN de son équipe. Mais c’est un homme têtu. La possession de balle semble toujours bien occuper son esprit. « On a une équipe qui est capable de jouer direct, mais qui peut tenir le ballon. On veut avoir un peu plus la possession et être capables de presser un peu plus haut », avait dit Biello après le premier entraînement de 2017 au stade olympique. Le récent match préparatoire contre l’Union de Philadelphie nous donne un indice laissant croire que Biello pourrait bien avoir trouvé la façon d’y parvenir. Le pressing haut sur le terrain des Montréalais a causé toutes sortes de problèmes aux joueurs de l’Union, et pendant un long moment en première mi-temps, la balle était dans les pieds des joueurs de l’Impact, et la plupart du temps dans la moitié de terrain de Philadelphie.

Les vieilles jambes
Ce pressing, cette constante nécessité de récupérer le ballon, vient évidemment avec sa part de problèmes. Il est difficile de jouer de cette façon de manière continue. Encore plus quand les joueurs censés récupérer le ballon sont âgés de plus de 30 ans. D’où l’importance d’amener du sang neuf, et plus jeune, en milieu de terrain. Si les jeunes produits de l’académie peuvent (enfin!) jouer le rôle de remplaçants, voire plus dans le cas de Ballou, il reste que les renforts en milieu de terrain se résument à Adrian Arregui, qui a clairement le profil de l’emploi pour jouer dans un tel système, et à un certain Bleirim Dzemaili, dont l’arrivée estivale pourtant annoncée comme certaine par le président Saputo semble pour le moins nébuleuse. Difficile, donc d’imaginer la stratégie du pressing haut sur le terrain et du combat pour récupérer le ballon comme une fin en soi. Il faut plutôt la classer comme un outil dans la valise de l’entraîneur, un peu comme la défense à trois évoquée du bout des lèvres par Mauro Biello durant l’hiver, qui pourrait éventuellement être employée en cas de besoin, même si on n’en a pas vu le bout du nez en préparation.

Et 2017, ça dit quoi?
Certes, la fin de l’année 2016 a été grandiose pour l’Impact de Montréal. Loin de vouloir minimiser la belle prestation de l’équipe durant les éliminatoires de la MLS, c’est malheureusement un peu aussi l’arbre qui cache la forêt. Et derrière cet arbre, on remarque surtout les errements défensifs à répétition tout au long de la saison (l’Impact n’a tenu le zéro que huit fois en 2016, toutes compétitions confondues) et un manque de cohésion qui a duré presque toute la saison (aucune série victorieuse de longue durée, hormis en séries). Comme l’avait dit Didier Drogba à propos de la finale de la Ligue des champions de la CONCACAF perdue contre América, perçue comme un grand moment : « C’est bien, mais vous n’avez rien gagné ». Pas de trophée; ni la MLS Cup, ni la nettement plus abordable Coupe des Voyageurs. Cette dernière a d’ailleurs été totalement ignorée lors de l’événement de lancement de la saison, durant lequel pas le moindre dirigeant ou représentant du club n’a mentionné son nom, alors que 12 mois auparavant, on en avait fait un objectif principal pour « revivre les émotions de la Ligue des champions ». Mais soit, je m’égare. Revenons à 2017. Un pronostic? Ce n’est pas mon style de lancer des prédictions portant sur la saison MLS, ligue dans laquelle les espoirs d’une équipe peuvent changer radicalement en l’espace de quelques semaines (allô, Seattle?). Mais si on me torturait un peu, je devrais bien avouer qu’il est difficile d’envisager mieux que l’année dernière, puisque les renforts ont été très limités. Une cinquième place, donc? Cela dépend largement des renforts des autres clubs de la ligue, qui semblent pour la plupart avoir mieux recruté que Montréal, malheureusement. Ceci étant dit, le chapeau qui sied le mieux à l’Impact est généralement celui de négligé…

Eric Chenoix
@EricVking
@capitainesoccer

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