Le Montréalais que Ronaldo admirait

Il a été « un joueur fantastique » selon Roberto Baggio et Gianluca Vialli. Il est le meilleur buteur à vie d’un club plus que centenaire qui évolue en première division au Portugal, où il a affronté des joueurs comme Luis Figo. Il a probablement été l’idole de Cristiano Ronaldo. Il est Canadien. Il est Québécois. Il est Montréalais. Il s’appelle Alex Bunbury.

Patrice Bernier est sans contredit le plus grand ambassadeur du soccer québécois à l’heure actuelle, du moins au Québec. Mais si on élargit cette catégorie pour inclure le monde entier et toutes les époques, alors l’attaquant Alex Bunbury devient un candidat de choix pour ce titre.

Car Bunbury a disputé six saisons et demie ans en première division portugaise, de 1993 à 1999, avec Maritimo. Il a affronté la Juventus en Coupe de l’UEFA. Il est le meilleur buteur à vie du club de l’île de Madère qui a été fondé en 1910, avec 59 filets en 165 matchs. À sa deuxième saison là-bas, il a été nommé Joueur étranger de l’année dans la Primeira Liga.

Installé au Minnesota pour des raisons familiales, où il dirige maintenant une académie pour jeunes joueurs de soccer, il est un peu tombé dans l’oubli ici, au Québec. Mais pas sur l’île de Madère.

« Un de mes fils (Mataeo) est à l’académie du Sporting et lors d’un récent voyage au Portugal, j’ai réalisé à quel point ce que j’ai accompli représente pour les gens là-bas. Les gens n’ont pas oublié et deux des principaux journaux ont publié des articles sur moi », a relaté Bunbury.

Alex et Cristiano
Là-bas, Bunbury s’est fait un nom, un seul : Alex. Comme s’il était brésilien. Il est devenu un héros en 1995, lorsqu’il a marqué le but qui a permis au Maritimo de battre Porto 1-0 en demi-finale de la Taça de Portugal, et de devenir le premier club dans l’histoire de l’île de Madère à atteindre la finale de la Coupe.

«C’était un soir historique, ils ont célébré comme je n’avais jamais vu l’île célébrer quelque chose, a raconté Bunbury. Ça m’a fait connaître auprès de tout le monde dans l’île, pas juste les fans de foot. Je suis devenu un fils de la terre. Quand on parle de foot sur l’île, il y a Cristiano Ronaldo et Alex.»

Parlant de Ronaldo, qui est originaire de l’île de Madère, il était un préadolescent quand Bunbury évoluait au Maritimo. Même si Ronaldo évoluait alors au Nacional, club rival, l’actuelle super-vedette de la sélection portugaise championne d’Europe en 2016 a sûrement assisté à plusieurs matchs du Maritimo. Dans des articles publiés aux États-Unis, Teal Bunbury, le fils d’Alex qui évolue en MLS, raconte son enfance au Portugal et évoque notamment un moment où son père a donné des conseils au jeune Cristiano.

« Maritimo était le gros club de l’île et j’étais celui qui marquait des buts pour le club alors qui, pensez-vous, l’inspirait quand il avait huit, neuf ans?, dit Bunbury de Ronaldo, un sourire dans la voix. Demandez-lui et il vous dira la vérité! »

Des louanges de Baggio et Vialli
Autre moment fort dans la carrière de Bunbury : quand Maritimo a affronté la Juventus au deuxième tour de la Coupe de l’UEFA en 1994-95. Maritimo a subi une défaite de 1-0 en match aller à domicile, avant de s’incliner 2-1 à Turin.

« J’ai joué contre Roberto Baggio, Gianluca Vialli et Alessandro Del Piero, nous les avons poussés dans leurs derniers retranchements, j’ai été nommé le joueur du match dans les deux matchs… De voir Baggio et Vialli venir à ma rencontre après et me dire que j’étais un joueur fantastique, c’est dur à battre comme sensation! »

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Ces prestations ont amené d’autres clubs, soit Benfica au Portugal ainsi que Bari et Udinese en Italie, à s’intéresser à lui. Ce qu’on lui a fait miroiter ne s’est pas matérialisé, mais Bunbury n’a pas du tout regretté de poursuivre sa carrière au Maritimo puisqu’il a fini par signer un contrat à long terme de plus d’un million de dollars, et continué à vivre sur une île que sa famille appréciait (et où les gens l’appréciaient en retour).

Avec Maritimo, Bunbury a maintenu une moyenne d’environ 10 buts par saison et marqué un sommet de 15 buts à sa dernière campagne, en 1998-99. Ce qui est remarquable au sein d’un championnat où le jeu était défensif et la construction du jeu, plutôt lente.

« Étant donné que Maritimo n’était pas un des trois grands clubs du Portugal et du style de jeu dans la ligue, marquer 10 buts, c’était un peu comme en marquer 20 en Angleterre, a souligné Bunbury. Mais ce sont je suis le plus fier, c’est que pendant que j’étais là, Maritimo parvenait souvent à lutter pour une place en Coupe de l’UEFA. On a réussi le coup trois fois (en 1993-94, 1994-95 et 1998-99).

« L’arrivée en poste de Paulo Autuori comme entraîneur a revigoré l’équipe et j’ai joué avec d’excellents joueurs, notamment de la sélection portugaise, comme Paulo Alves et Paulo Madeira, a souligné Bunbury. Le calibre de la ligue portugaise était très fort avec des joueurs comme Luis Figo au Sporting, Joao Pinto… Il y avait aussi beaucoup de joueurs brésiliens. »

Ce talent qu’il a pu mettre en valeur au Portugal, Bunbury l’attribue en bonne partie au fait qu’il ait pu le développer à Montréal, en évoluant pour Saint-Léonard et Corfinium, et en affrontant des jeunes joueurs provenant de différentes communautés culturelles.

« Quand je me suis retrouvé avec la sélection canadienne, on me disait que je dribblais trop… Mais ça, ça venait de mon développement à Montréal, où on avait le sens du foot », a expliqué Bunbury, dont la mère réside toujours à Montréal et qui travaille présentement avec le gouvernement de la Guyane, le pays où il est né, dans le but de mettre sur pied un programme sport-études là-bas.

Marc Tougas
@TougasMarc