Parmi les dieux de la NASL

Né à Montréal, Tasso Koutsoukos a amorcé sa carrière dans les rangs professionnels dans la ligue la plus ‘glamour’ de l’histoire du soccer nord-américain, la NASL, s’alignant au début des années 1980 avec une des équipes les plus prestigieuses du circuit après le Cosmos de New York, le Sting de Chicago.

«  Je n’ai pas affronté Pelé, qui a pris sa retraite en 1977, mais j’ai vu jouer Franz Beckenbauer, Carlos Alberto, Johan Cruyff et George Best, a indiqué Koutsoukos, porte-couleurs du Sting de 1980 à 1982. J’ai joué contre Carlos Alberto, j’étais en uniforme contre Best. Cruyff, je ne l’ai pas affronté parce qu’il était blessé au moment de jouer contre lui. »

Milieu de terrain et attaquant talentueux qui a commencé à affronter des adultes à Montréal dès l’âge de 16 ans, y compris des étrangers venus d’Europe, Koutsoukos a fait l’impasse sur la Grèce – il lui aurait fallu passer près de trois ans dans l’armée – et a plutôt opté pour le soccer universitaire américain en allant jouer à l’Université du Massachusetts, ce qui le rendait admissible à être repêché. Ce que le Sting a fait.

Koutsoukos s’est retrouvé dans la NASL à 19 ans. Il a disputé une quarantaine de matchs en un peu plus de deux saisons à Chicago.

«  Ç’a été une expérience formidable parce que j’ai joué avec des joueurs de très haut niveau, a indiqué Koutsoukos. Et ça n’a pas été une bonne expérience parce que je ne m’entendais pas avec l’entraîneur (Willy Roy). Il voulait me casser.

« J’étais souvent sur le banc. Je suis allé faire un essai à San Jose alors qu’on m’a dit qu’on me vendrait à eux s’ils voulaient de moi, mais quand San Jose s’est montré intéressé, (Roy) a changé d’idée. Il craignait de mal paraître si je faisais bien là-bas.

« Chicago m’a fait jouer le match suivant, comme substitut. C’était mon tout premier match dans la NASL et j’ai marqué deux buts en plus de récolter une aide. Quand les journalistes lui ont parlé de moi, l’entraîneur a dit que j’étais le joueur le plus talentueux dans l’équipe, mais que je n’étais pas assez en forme pour jouer plus de 20 minutes. Évidemment, les journalistes étaient trop stupides pour dire au coach que c’était à lui de s’assurer qu’un joueur est assez en forme pour jouer !

« J’ai disputé un autre match et ensuite, j’étais de retour sur le banc. Puis, ils ont décidé qu’ils allaient me transformer en défenseur latéral droit. »

Koutsoukos a quand même connu de bons moments en 1982, quand il a été échangé aux Roughnecks de Tulsa.

« Il restait trois mois à faire à mon contrat, j’ai été échangé à Tulsa au mois d’août. J’ai amorcé tous les matchs jusqu’à la fin de la saison.

« Reste que jouer dans la NASL a été la plus belle période de ma carrière, a noté Koutsoukos. C’était une grande ligue, on me payait pour faire ce que j’adorais faire, on te traitait comme des dieux… C’est un mode de vie formidable. C’est juste dommage que ç’ait été si court. La ligue a disparu en 1984, alors que j’avais 23 ans et que j’étais à mon sommet. Je me suis tourné vers le soccer intérieur, un sport que j’aimais moins, mais qui payait bien à l’époque. »

Koutsoukos a également apprécié d’avoir côtoyé des joueurs comme les Allemands Karl-Heinz Granitza, qui a été le meilleur buteur de la Bundesliga Sud en 1976, et Arno Steffenhagen, qui a remporté la Coupe des coupes en Europe avec Hambourg à la fin des années 1970.

« Karl-Heinz a eu plus de visibilité dans les médias, mais Arno était notre meilleur joueur. Il créait de l’espace pour ses coéquipiers, a indiqué Koutsoukos. Arno m’a fait le plus beau compliment lors d’une réunion d’anciens du Sting, il y a une dizaine d’années : il m’a dit qu’à 19 ans, j’étais meilleur qu’il l’était au même âge. Entendre ça signifiait beaucoup pour moi. »

Une offre du Manic
Il aurait été tout naturel que Koutsoukos joue pour le Manic, qui s’était amené dans la NASL en 1981. Il aurait pu le faire en 1983, d’ailleurs.

« Le Manic m’a offert 90 000 $, mais j’ai refusé parce que Kansas City, au soccer intérieur, m’avait offert 80 000 $US, ce qui à l’époque était l’équivalent de quelque chose comme 130 000 $ compte tenu du taux de change et des impôts, a-t-il noté. Il y aussi le que le Manic allait devenir Équipe Canada cette saison-là et je savais que ça n’allait pas marcher, que les différentes communautés culturelles d’ici n’auraient aucun intérêt pour une équipe composée entièrement de Canadiens. »

Les assistances du Manic ont effectivement chuté en 1983, puis l’équipe a fermé ses portes.

Koutsoukos, qui a quand même joué avec l’Inter de Montréal de la CPSL en 1983 parce que ça lui permettait de jouer aussi à l’intérieur, aura néanmoins été là pour le principal moment de gloire du Manic. Car c’est à l’occasion de la visite du Sting, le 2 septembre 1981 lors d’un match des séries, que l’équipe a attiré un nombre record (à l’époque) de 58 542 spectateurs au Stade olympique.

« L’atmosphère était électrique, a indiqué Koutsoukos. Dans le vestiaire avant le match, on nous avait dit qu’ils avaient refusé 10 000 personnes, c’était fou. Je me souviens qu’on avait perdu sur un but stupide, un tir de routine qui a frappé une couture sur le terrain et rebondi par-dessus l’épaule de notre gardien. »

Celui qui a conclu sa carrière avec le Supra de Montréal et qui est aujourd’hui propriétaire d’un centre d’achats à Dorval estime toutefois que c’est au Giants Stadium, domicile du Cosmos, que l’ambiance était la plus impressionnante.

« Nous avions battu le Cosmos en prolongation devant 75 000 personnes à la Coupe transatlantique, à 10 contre 11, a-t-il raconté. Ç’a été une expérience incroyable. »

Marc Tougas
@TougasMarc