Un dragon, 15 ans de passion

Ils n’ont plus besoin de présentations. Bien campés dans leur antre de la section 132 au stade Saputo, les Ultras Montréal fêtent cette année leur 15e anniversaire. Acteur privilégié de la profonde transformation du monde du soccer en Amérique du Nord, ce groupe d’ardents défenseurs de l’Impact de Montréal a, depuis ses premiers pas au Complexe Claude-Robillard en 2002, parcouru un impressionnant chemin au gré de la métamorphose de son club préféré.

« Un kop bien garni en 132 et 131, qui grossit et, surtout, qui chante fort tout le long du match! » Voilà le cadeau d’anniversaire que Daniel Nahmias-Léonard, cofondateur des Ultras, souhaite pour le plus ancien groupe de supporters de l’Impact. Fondés quelques mois seulement après la reprise de l’Impact par Joey Saputo à la suite des heures sombres du début des années 2000, les omniprésents Ultras Montréal ont depuis fidèlement accompagné le club vers les sommets du soccer nord-américain. Comment résumer cette folle épopée de 15 ans? « Beaucoup de chemin parcouru, beaucoup d’émotions!, reconnaît le cofondateur du groupe. Les Ultras ont connu cinq stades à domicile (Claude-Robillard, le stade Saputo, le stade Olympique, mais aussi Sherbrooke et Québec), et ont fait bon nombre de déplacements en MLS, mais aussi en championnat canadien à Toronto et en Ligue des champions au Mexique. » Ce faisant, au fur et à mesure, les supporters montréalais sont parvenus à développer un réel mouvement en partant de rien. « En 15 ans, les Ultras ont créé une identité de supporter et des chants propres à Montréal, avec un impact non négligeable sur la culture sportive de la ville. Mettons que ça serait plate, le stade Saputo sans les UM! » Pour quiconque a assisté à un match de l’Impact, impossible de prétendre le contraire.

Après quinze saisons, les Ultras n’ont plus assez de doigts pour compter les bons comme les mauvais moments vécus au gré des aventures de leur club. Mais comme on ne voudrait pas gâcher leur anniversaire, concentrons-nous sur le positif! Quel est le plus beau souvenir sportif qui se démarque de ces 15 années d’existence? « Certains anciens diront le championnat de 2009, voire 2004, explique Daniel. On pourrait aussi compter le premier Championnat canadien en 2008 arraché au BMO Field, le 6-0 contre Toronto, le but de Porter [ndlr; contre Pachuca en Ligue des champions] et tout le parcours en Ligue des champions en 2014-2015, incluant le 1-1 en finale au stade Azteca. » Du Complexe Claude-Robillard au stade Azteca en l’espace de quelques années, voilà qui résume à quel point les choses ont changé dans l’univers de l’Impact et de ses supporters.

C’était mieux avant la MLS
« Le prix des billets et l’accessibilité pour tous. À Claude-Robillard, c’était 7$ le billet. En D2, c’était 10-15$ dans le kop et l’abonnement était sous les 200$. Ça permettait à bien plus de jeunes adultes de découvrir l’Impact et le kop, et de venir régulièrement. »

« Il y avait beaucoup moins de contrôle et de réglementation de la ligue pour tout ce qui est supporter, que ce soit pour la fouille à l’entrée du stade ou pour les sanctions. »

« Il y avait aussi une plus grande proximité avec les joueurs, vu que le noyau de l’équipe était montréalais. »

C’est mieux depuis la MLS
« C’est clair que c’est plus simple de suivre l’équipe depuis l’entrée en MLS. »

« Le stade semble moins ‘temporaire’. »

« Il faut dire aussi qu’il y a moins d’accrochages avec les gardes de sécurité depuis quelques années. »

« C’est clair qu’on n’aurait pas pu attirer Nacho ou Drogba en D2. Bon, mettons juste Nacho… »

On le sait, la vie d’ultra consiste principalement à supporter l’équipe visuellement et vocalement à domicile, mais aussi chez l’adversaire autant que possible. D’ailleurs, pour Daniel Nahmias-Léonard, il n’y a pas photo : c’est sur la route que ça se passe! « C’est bien beau (et facile!) venir un beau samedi d’été au stade Saputo, mais c’est en déplacement que se forgent les amitiés, les souvenirs et les meilleurs délires. Toronto sous la pluie, les victoires en chest, l’Azteca sous escorte policière, la mamajuana, les insides, les péripéties. Vous voulez vivre l’expérience ultra? Venez en déplacement! » Si le cœur vous en dit, les Ultras prendront la route pour le match du 22 avril à Philadelphie. Les risques d’escorte policière dans la ville de l’amour fraternel sont par contre plutôt minces…

Et à quoi peut-on s’attendre des Ultras en cette saison de fête? « Des tifos [ndlr; animations visuelles à grand déploiement en tribune] pour le 15e anniversaire, mais aussi quelques activités qui seront annoncées sur notre page Facebook ». Mais cette année 2017 est encore plus particulière, car elle coïncide avec le 375e anniversaire de Montréal. Bien entendu, en plus de supporter activement l’Impact, les Ultras sont aussi fort attachés à leur ville et prévoient donc « quelque chose de spécial » pour souligner ce 375e. De quoi faire oublier le base-ball à Denis Coderre le temps d’un match?

Pour un groupe de supporters, atteindre les 15 ans est sans aucun doute une belle réussite. Dans le contexte nord-américain, où le support actif d’une équipe n’est pas quelque chose qui s’inscrit dans les habitudes, cette réussite se traduit en exploit. Souhaitons tous un très joyeux anniversaire à ce dragon qui a été porté à bout de bras par d’innombrables guerriers au fil des ans. Toujours fidèles!

Eric Chenoix
@EricVking
@capitainesoccer