Quand le Canada est en ville

Ça n’arrive pas souvent que le Canada dispute des matchs internationaux à Montréal. Et, dans le cas de la sélection masculine, jouer ici au pays n’est pas si fréquent que ça non plus, mis à part un match ici et là, le plus souvent à Toronto. C’est pourquoi la tenue de la Coupe du monde de 1994 aux États-Unis s’était avérée une occasion singulière, puisqu’elle a donné lieu à la tenue de cinq matchs préparatoires en sol canadien en l’espace de deux semaines, du 1er au 12 juin.

Puisque les différentes sélections nationales qualifiées pour la phase finale du Mondial américain arrivaient en Amérique du Nord quelques semaines d’avance et voulaient bien se préparer, notamment à l’aide de matchs amicaux, l’occasion était belle pour le Canada – pas qualifié – de multiplier les affrontements contre des pays de premier ordre.

C’est ainsi qu’à l’été 1994, la sélection canadienne masculine a pu affronter le Maroc et l’Espagne à Montréal – au Complexe sportif Claude-Robillard, domicile de l’Impact de Montréal à l’époque. Ces matchs avaient attiré 3 800 et 6 800 spectateurs, respectivement.

Le Canada avait également profité de l’occasion pour affronter le Brésil devant près de 52 000 spectateurs au Stade du Commonwealth à Edmonton, ainsi que l’Allemagne et les Pays-Bas au Stade Varsity à Toronto, devant plus de 20 000 personnes à chaque fois.

Le défi ultime
On ne peut pas dire que Rudy Doliscat, défenseur de l’Impact dans les années 1990, était un habitué de la sélection canadienne. Mais cet été-là, il avait fait partie des élus, ce qui lui avait permis de connaître des moments inoubliables dans le maillot rouge.

Doliscat se rappelle surtout de l’ampleur du défi qu’il allait affronter. Il n’avait jamais joué en sélection nationale avant ça. Et voilà qu’il s’est notamment retrouvé devant une équipe brésilienne qui comptait Bebeto et Romario à l’attaque, et une sélection allemande qui alignait Lothar Matthaus et Jurgen Klinsmann. Il n’a pas affronté les Néerlandais, chez qui on retrouvait à l’époque Dennis Bergkamp et Frank Rijkaard.

« C’est assez exceptionnel de jouer contre des équipes de ce niveau-là, affirme Doliscat, qui est maintenant adjoint technique aux programmes à la Fédération de soccer du Québec. Ce sont des équipes qu’on voit évoluer à la télévision, et veut, veut pas, un joueur de soccer se demande, est-ce que j’aurai ma place, est-ce que je serai capable d’exister sur le terrain avec ces joueurs-là?

« D’avoir eu la chance en 1994 de jouer contre ces nations-là, je pense que d’un côté ça nous a donné confiance, et de l’autre côté, à certains égards ça nous a fait comprendre qu’on était quand même assez loin (de leur niveau) et qu’il fallait qu’on travaille très fort pour l’atteindre », a dit Doliscat de la sélection canadienne, qui regroupait alors des joueurs tels que Craig Forrest, Frank Yallop, Randy Samuel, Mark Watson, Lyndon Hooper, Colin Miller, John Catliff, Domenic Mobilio et Eddy Berdusco.

« Quand on les regarde à la télévision, ça peut paraître facile, ça nous amène à penser qu’on est capable de faire la même chose; mais une fois qu’on est sur le terrain avec des joueurs de ce niveau-là, on se rend compte rapidement pourquoi ils sont là (et pas nous). »

Car même si, à l’occasion de ces matchs pré-Coupe du monde, les joueurs canadiens ont donné l’effort de leur vie pour prouver leur valeur et que les joueurs des équipes adverses ne jouaient qu’en dilettante – pour eux, ces matchs étaient seulement une occasion d’effectuer les dernières mises au point avant la vraie compétition –, Doliscat a pu mesurer toute l’étendue du talent des joueurs brésiliens, allemands et autres.

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Doliscat et ses coéquipiers après le match nul contre le Brésil

« Déjà, on a pu le voir à l’entraînement avant le match contre le Brésil, alors que nous, on a tenu une séance où on a pratiqué nos coups francs, et je pense que sur une cinquantaine de coups francs tirés, il y en a peut-être eu deux qui ont été cadrés; et les Brésiliens, quand ils ont pris le terrain quelques minutes après, dans leur cas, neuf frappes sur dix étaient cadrées. Donc, déjà là, on s’aperçoit qu’il y a un niveau technique différent », a décrit Doliscat, qui a évolué avec la sélection canadienne cet été-là en compagnie de deux coéquipiers de l’Impact, John Limniatis et Nick Dasovic.

Deux nuls, trois défaites
Le Canada n’a pas signé de victoire durant ces matchs, décrochant des nulles de 1-1 contre le Brésil et le Maroc. Ce furent les seuls buts marqués, alors que la sélection canadienne s’est par ailleurs inclinée 2-0 contre l’Espagne et l’Allemagne, et 3-0 contre les Pays-Bas.

« Le match contre le Brésil, c’est vrai qu’on a fait match nul 1-1… mais même du banc, on avait le sentiment qu’ils pouvaient marquer à n’importe quel moment, que ces équipes-là décident quand elles veulent accélérer », a dit Doliscat, qui a remplacé Dasovic à la 74minute dans cette rencontre, puis a disputé la deuxième mi-temps contre les Allemands.

« Le match contre l’Allemagne, qu’on a perdu 2-0 sur deux actions (buts de Matthaus et Rudi Voller), dont une sur un corner où on a pris un but de la tête, chaque fois qu’on pensait pouvoir accélérer le jeu ou pouvoir aller au bout d’une action, eh bien on se faisait reprendre le ballon par un Matthaus qui avait quasiment 35 ans (33 en fait) à ce moment-là.

« Donc, quand tu es sur le terrain, tu t’aperçois que c’est bien ce qu’on fait, mais tu réalises aussi que ce qui se passe au niveau international, au niveau des équipes qui participent à la Coupe du monde, ce sont vraiment les meilleurs. »

Avis aux joueurs canadiens qui disputeront de tels matchs un de ces jours… Peut-être en 2026?

Marc Tougas
@TougasMarc