Le Canada d’Octavio

La veille du match contre Curaçao, on a demandé à Octavio Zambrano de terminer sa conférence de presse en détaillant un peu les fondements du style de jeu qu’il voulait mettre en œuvre avec l’équipe nationale. Tout juste avant lui, Patrice Bernier avait également répondu à la question. Le lendemain, il serait donc facile de voir à quel point les enseignements seraient appliqués par les joueurs. J’ai fait l’exercice.

« Tout le monde sait que les équipes que j’ai entraînées ont été portées sur l’attaque. C’est le genre de football que j’aime. Je veux que mes équipes occupent le rôle principal, qu’elles s’affirment, qu’elles dictent le tempo du match. » – Octavio Zambrano

Ce fut difficile, il a fallu attendre, mais le Canada est petit à petit parvenu à maîtriser le ballon et exercer de la pression sur la défense de Curaçao. Les choses ont commencé à débloquer en seconde mi-temps, après les montées de Davies et, surtout, de Jackson-Hamel, venu remplacer un Cyle Larin qui avait plutôt l’air d’un homme qui cherchait l’entrée du Biodôme que d’un attaquant de pointe de haut niveau. La permutation entre Davies et Hoilett, passant à gauche et à droite respectivement, a aussi porté fruit en réveillant l’attaquant de Cardiff City, qui a fait éclater quelques feux d’artifice dans la dernière demi-heure.

« Si vous abordez un match avec la conviction que vous allez battre votre adversaire, marquer le premier but et faire bonne impression dès les premières minutes, vos chances sont meilleures. » – Octavio Zambrano

Là-dessus, c’est raté. Dès l’entame du match, le Canada avait l’air pétrifié. Pendant le premier quart d’heure, le jeu se déroulait principalement dans la moitié de terrain du Canada, qui peinait à trouver des solutions en relance. Le milieu de terrain était désorganisé, avec Johnson et Bernier qui semblaient toujours vouloir faire la même chose en même temps, ce qui faisait en sorte que les deux ne savaient pas où se placer. Bref, le Canada a plutôt fait mauvaise impression dès les premières minutes de jeu. Cela dit, c’est tout à fait compréhensible quand on lance dans le bain de nouveaux joueurs, dirigés par un nouvel entraîneur et dans un nouveau système de jeu.

« Il faut travailler fort pour avoir la confiance de prendre des risques. Parfois, on est récompensé, d’autres fois, on est puni. Mais si on ne prend pas de risques, on se retrouve à pratiquer un football hésitant, et ce n’est pas quelque chose que j’aime particulièrement. »

Le bon Octavio n’a donc pas dû aimer sa première mi-temps. Pendant les 30 premières minutes, c’est surtout Curaçao qui faisait dans la prise de risques. Du côté canadien, on ne savait pas. On ne savait pas par où passer, on ne savait pas où se placer, on ne savait pas où se trouvaient les coéquipiers. Et tout ça donnait un gros manque d’initiative, très peu de mouvement et une absence totale de solutions. Bref, un style hésitant au maximum. Au retour des vestiaires, c’était beaucoup mieux. On sentait une envie de gagner ce match et, finalement, des risques, de la vivacité et même du beau jeu par moments.

« Octavio veut jouer du football plus offensif. Le Canada a toujours été connu pour défendre avant d’attaquer. L’accent est mis sur l’attaque, la défense peut se régler plus tard. » – Patrice Bernier

Visiblement, défendre n’était pas la priorité. Malheureusement, en première mi-temps, attaquer semblait être la priorité… de l’adversaire, qui a profité du flou en milieu de terrain pour prendre l’ascendant à quelques reprises et apporter le danger devant la cage de Borjan. Qui plus est, Manjrekar James, lui, semblait s’être mélangé dans les principes de la théorie : il avait décidé de ne pas défendre d’abord, puis d’attaquer ensuite. Sur le but de Janga, James fut tout simplement inefficace, voire inexistant. Une phase défensive indigne de ce niveau. Heureusement, il réparait son erreur une minute plus tard en poussant dans une cage abandonnée un ballon mal dégagé par le gardien Eloy Room. En seconde mi-temps, on a pu enfin constater la mise en application des principes offensifs de Zambrano, avec un Canada résolument porté vers l’avant, bien moins pétrifié après la sortie de Larin au profit de Jackson-Hamel, homme du match. Les rouges ont largement dominé la seconde période, mais se sont tout de même fait quelques frayeurs derrière. Mais la défense, ça peut se régler plus tard.

À la sortie du vestiaire, Patrice Bernier me disait : « Octavio ne panique pas. Il nous dit que nous n’avons pas à nous soucier des autres et qu’il faut jouer à notre façon. Il veut jouer et ne change pas la façon dont il veut jouer, malgré les petites failles. » De fait, c’est un peu ce qu’on a vu lors du match contre Curaçao. Certes, c’était un match amical, mais le Canada n’a jamais cédé à la panique, n’a jamais changé son modus operandi et n’a jamais perdu son objectif de vue : la victoire. Par ailleurs, on sentait que les joueurs y croyaient et qu’avec l’entrée de Jackson-Hamel, ils avaient enfin, grâce à ses courses, ses appels et son jeu dos au but, les outils pour y parvenir. Au final, on a pu voir les fondations du style de Zambrano, qui reconnaissait après le match n’être qu’à 30 % du niveau qu’il désirait atteindre avec l’équipe nationale. Un pas dans la bonne direction sur le long chemin qu’il reste à parcourir.

Eric Chenoix
@EricVking
@capitainesoccer