Mi-saison, mi-figue, mi-raisin

L’Impact est arrivé au mercato estival après avoir joué son 17e match de la saison 2017 de la Major League Soccer, ce qui nous incite à faire le point sur cette première moitié de saison. Comment s’est comportée la troupe de Mauro Biello? Qu’on fait les joueurs individuellement? Tentons d’y répondre.

Trois constats
Dans la plus pure tradition des trois constats rédigés après chaque match, j’ai décidé de reprendre ici les trois constats qui sont revenus le plus souvent durant cette première moitié de saison.
1) Les latéraux montaient trop haut
À de nombreuses reprises, j’ai mentionné que l’Impact avait un important problème sur le plan du positionnement des ses défenseurs latéraux. Heureusement, le problème a commencé à être réglé lors du 11e match de la saison et cette belle victoire contre Portland au stade Saputo. Puis s’en est suivie l’expérience du 3-5-2… Ironiquement, dans une défense à quatre, les latéraux jouaient comme dans une défense à trois (c.-à-d. en appuyant l’attaque très haut sur le terrain) et une fois l’arrivée de la défense à trois, ils se sont mis à jouer comme dans une défense à quatre (en jouant plus bas, donc). Cela aura eu du bien, puisqu’au retour de la défense à quatre, les latéraux avaient définitivement cessé de monter trop haut, ce qui a facilité les choses en relance et en transition défensive.

2) L’Impact est incapable de faire le jeu
Ce problème est un vieux de la vieille. L’Impact est incapable de faire le jeu, si bien que les adversaires lui laissent même parfois le ballon pour prendre ou reprendre le dessus. Si l’arrivée de Dzemaili offre une nouvelle option offensive intéressante, l’Impact reste beaucoup trop dépendant des éclairs de génie de ses ténors pour marquer des buts qui sortent de nulle part.

3) L’Impact perd beaucoup trop de ballons
Un tendance qui s’est aggravée dans les dernières semaines est celle des ballons perdus, souvent bêtement. Le Bleu-Blanc-Noir semble avoir beaucoup de difficultés à conserver le ballon et légion sont les joueurs qui tentent de le refiler rapidement, et souvent très mal, à un coéquipier alors que l’adversaire applique peu de pression. Lever la tête et prendre ne serait qu’une demi-seconde de plus balle au pied pourrait faire des merveilles pour cette équipe.

Les notes individuelles
C’est un exercice auquel je ne me prête pas souvent, mais il se passe tellement de choses au sein de l’effectif qu’il convient de faire le point

Gardiens
Evan Bush
Amorce la saison en montrant des signes d’amélioration notamment dans ses sorties, aériennes comme au sol. Puis, les mauvais côtés prennent le dessus jusqu’à ce qu’il semble complètement déconnecté. Ironiquement, c’est quand il n’y peut pratiquement rien (à Houston) qu’on le blâme alors que quand il coûte directement des points (à Orlando), on ne dit rien.
4/10
Maxime Crépeau
A trop peu joué pour être noté. A besoin de minutes, dès son retour de la Gold Cup.

Défenseurs
Ambroise Oyongo
Responsable en grande partie des problèmes défensifs causés par un positionnement douteux, son apport offensif reste relativement timide. Trop grande imprécision dans les centres. Son absence se fait cependant ressentir.
6/10
Laurent Ciman
Ciman, c’est Ciman. Parfois au-dessus du lot, parfois en difficulté. Prends de très bonnes décisions, de mauvaises aussi. Intouchable quand il est dans sa « zone », il reste le général de la défense et n’est pas étranger à la montée en puissance de Fisher.
7/10
Kyle Fisher
Avant la saison, les supporters criaient haut et fort que l’équipe avait besoin d’un défenseur central de qualité. Kyle Fisher a entendu les appels à l’aide et y a répondu avec brio. C’est la belle histoire de cette première moitié de championnat. Fisher est fiable, en pleine possession de ses moyens et a gagné la confiance de ses coéquipiers. C’est aussi le défenseur le plus régulier de l’équipe cette saison.
8/10
Chris Duvall
Duvall n’est simplement pas tuable. Si son jeu laisse parfois à désirer, l’Américain compense avec du cœur au ventre et une énorme ténacité. Habile balle au pied, il a cependant, tout comme Oyongo, commis des erreurs de placement qui ont coûté cher. N’exploite pas suffisamment sa qualité de passe sur les centres.
6/10
Victor Cabrera
Ralenti par les blessures, il a perdu son poste au profit de Fisher. A tout de même fourni quelques solides prestations.
6/10
Hassoun Camara
L’âge commence à rattraper le grand défenseur français, qui n’a actuellement plus la fraîcheur pour être titularisé. Peine parfois à suivre le rythme, notamment pour revenir à sa position en transition défensive. Dure première moitié, mais on le sait capable de mieux.
4/10
Daniel Lovitz
Appelé en renfort juste avant la saison, Lovitz a surtout joué en raison de l’absence d’Ambroise Oyongo. Peu d’arguments pour justifier une place de titulaire sans l’absence du Camerounais. Tenace, mais limité.
5/10
Wandrille Lefèvre
N’a pas assez joué pour être noté.

Milieux
Hernan Bernardello
Difficile première moitié de saison pour l’Argentin qui semble avoir de la difficulté à suivre le rythme du jeu. Souvent passif, presque invisible dans le dernier tiers, Bernadello a même été ignoré pendant quelques matchs. Revenu dans de meilleures dispositions, ça n’a malheureusement pas duré longtemps.
4/10
Patrice Bernier
S’il y a une chose sur laquelle on peut compter saison après saison, c’est sur la force tranquille de Patrice Bernier. Aucune surprise cette saison, le Québécois est encore l’âme du milieu montréalais. Toujours excellent pour temporiser, Bernier a aussi démembré quelques équipes avec sa vision du jeu. Ses quatre mentions d’aide le placent d’ailleurs au premier rang de l’équipe, avec Dzemaili.
8/10
Marco Donadel
Parfois brillant, parfois dépassé, le milieu italien nous donne… ce qu’on attend de lui. Rouage important du dispositif tactique montréalais, Donadel a lui aussi souffert des carences tactiques du début de saison. Prend du mieux.
6/10
Blerim Dzemaili
Arrivée réussie pour le Suisse, qui a eu un succès instantané sur le terrain. Malheureusement, rien de comparable avec l’arrivée de Drogba en 2015 alors que l’Ivoirien avait clairement tiré l’équipe vers le haut. Le discret Dzemaili a des statistiques intéressantes (trois buts et quatre aides en sept matchs), mais ne semble pas encore avoir développé de complicité avec ceux qui l’entourent. À part peut-être Piatti. On attend le leader.
7/10
Ignacio Piatti
Faut-il le rappeler? Ignacio Piatti est à la fois la bougie d’allumage ET le moteur de l’équipe. Aucune surprise de le voir trôner au sommet des buteurs de l’équipe. Quand l’équipe gagne, c’est généralement parce que Nacho a fait la différence. Devrait cependant songer à passer la balle.
8/10
Jean-Yves Ballou Tabla
Le jeune prodige de l’académie était attendu de pied ferme. Et il n’a pas déçu. Son explosivité a fait beaucoup de bien à l’Impact sur le flanc droit (et parfois à gauche), surtout en raison de la disparition de Dominic Oduro, qui rate sa saison. Malheureusement, il a ralenti.
6/10
Adrian Arregui, Louis Béland-Goyette, David Choinière, Callum Mallace, Andres Romero, Shamit Shome, Michael Salazar
N’ont pas assez joué pour être notés.

Attaquants
Matteo Mancosu
L’Italien a connu une première moitié difficile. Après un début de saison correct, il a été ralenti par une blessure. Depuis, il cherche sa place sur le terrain. Accessoirement, il cherche aussi le but. En fait, il se cherche. Et les supporters le cherchent aussi. Mais où est donc Matteo Mancosu?
5/10
Anthony Jackson-Hamel
L’histoire rappelle celle de Fisher. Plusieurs étaient ceux qui réclamaient de la profondeur à l’attaque. Et puis Jackson a entendu l’appel et est sorti de sa coquille. Auteur de plusieurs gros buts, on le retrouve au second rang des buteurs de l’équipe. AJH respire la confiance et ça se transporte même en équipe nationale.
7/10
Dominic Oduro
Catastrophique première moitié pour le Ghanéen, qui n’apporte absolument rien au groupe depuis le début de la saison. De prestations difficiles en matchs où on ne le voit simplement pas, on se demande parfois s’il n’a pas été substitué par un sosie basketteur. Doit faire mieux, car Ballou ne se fera pas prier pour le bousculer.
3/10

Entraîneur
Mauro Biello
Après avoir misé sur la stabilité durant les transferts hivernaux, n’aurait-il pas fallu miser sur la stabilité dans le jeu déployé? Biello a pris le pari de changer les principes et en a payé le prix. Puis, après avoir retrouvé un certain équilibre dans son système de jeu, l’entraîneur a tout changé une autre fois, pour tenter la défense à trois… ou à cinq. Visiblement, cette tentative a été un échec. Cette saison n’est pas sans rappeler la dernière, où il avait fallu attendre le mois d’août pour que les pièces tombent en place après avoir abandonné quelques expériences.
5/10

 

Si les supporters ont tendance à s’impatienter par les temps qui courent, c’est une étrange sérénité que l’on peut sentir dans l’entourage de l’équipe en cette petite trêve de mi-saison. On semble bien conscient des problèmes et on se dit qu’avec un peu plus de chance, on serait nettement mieux placé au classement. La confiance dans l’effectif actuel règne, ce qui ne laisse pas entrevoir de gros changements lors du marché estival. Bref, on prend les mêmes et on recommence? Comme en mars, mais avec, espérons-le, plus de succès cette fois…

Eric Chenoix
@EricVking
@capitainesoccer