L’affaire Ballou, un mal pour un bien?

Ce n’est un secret pour personne, Ballou Jean-Yves Tabla rêve de l’Europe depuis toujours. Le joueur probablement le plus talentueux de l’histoire du club attendait impatiemment son 18e anniversaire et l’arrivée des offres de tous ces clubs qui l’avaient supposément à l’œil, principalement depuis une excellente performance avec les U20 canadiens contre l’Angleterre en sol britannique au début de 2016.

C’est une évidence, le jeune, qui a toujours été habitué à brûler les étapes, est pressé. Pressé d’atteindre le prochain étage. Pressé de se rapprocher de son rêve de jouer pour un grand club. Pressé aussi de peut-être, un jour, attirer l’attention du sélectionneur de la Côte d’Ivoire. Pour un joueur comme Ballou, extracommunautaire pour les clubs européens, c’est à l’âge de 18 ans que ça se passe. Pourquoi? Parce que les règles de la FIFA stipulent que le transfert international d’un joueur n’est autorisé que si le joueur est âgé d’au moins 18 ans. Alors quand on entend depuis des années qu’Arsenal, Manchester City, Chelsea et d’autres sont tentés de cogner à votre porte mais qu’on est trop jeune pour pouvoir se lancer, dès que les premières offres arrivent et que votre club ne désire pas entrer en négociations, l’impatience prend le dessus sur la pensée rationnelle. Évidemment, il y avait une tonne de moyens de faire part de son mécontentement et Ballou n’a clairement pas choisi les meilleures armes.

Cependant, la suite a donné lieu à une certaine surprise. Si l’Impact est habituellement reconnu pour mal gérer les crises, s’enfermant généralement dans un mutisme qui laisse place à la spéculation et, souvent, à une mauvaise interprétation de la position du club, cette fois, tout s’est déroulé comme il le fallait. Une fois le « feu » déclaré, on a immédiatement envoyé Adam Braz expliquer la situation devant les représentants des médias. Sur son habituel ton calme et posé, le directeur technique a expliqué la situation clairement et sans jamais jeter le blâme sur le joueur ou son agent bien que ce dernier s’était longuement épanché au micro du FC 919 la veille. Le club ne s’opposerait pas au départ de Ballou, mais n’avait reçu qu’une offre d’un club de seconde division, jugée insuffisante par l’Impact et par la Major League Soccer, à qui appartient le contrat de Ballou, faut-il le rappeler. C’est tout. Comme ESPN et l’agent du joueur parlaient de plusieurs offres, impossible de savoir qui dit vrai. Mais l’opinion publique a rapidement penché du côté du discours d’Adam Braz. Un point pour l’Impact.

Et plus tard, c’était au tour des joueurs d’y mettre du leur pour régler la situation. Si Patrice Bernier avait annoncé qu’en bon capitaine, il avait bien entendu discuté avec le jeune prodige, c’est toutefois Hassoun Camara qui s’est lancé en mission de sauvetage. Ainsi, après avoir discuté de la situation avec l’état-major du club, le défenseur français, qui avait vécu une situation semblable tôt dans sa carrière, a entrepris de dialoguer avec le principal intéressé. Avec succès. Quelques heures plus tard, Ballou publiait ses excuses et affirmait continuer à vouloir aider le club cette saison. Il était de retour à l’entraînement le lendemain. La sagesse d’Hassoun Camara avait permis de régler la situation sans que personne ne soit éclaboussé.

Au final, donc, personne ne sort éraflé de cette histoire. À part peut-être Ballou, un tant soit peu. Mais peut-on vraiment blâmer un jeune de 18 ans qui rêve de l’Europe depuis son plus jeune âge de sombrer dans l’impatience et de mal gérer une situation? Ballou en sortira grandi et cela ne pourra que l’aider dans la suite de sa carrière. Et pour refaire son image auprès des supporters montréalais, il suffira de pas grand-chose : quelques passements de jambes, trois ou quatre dribles enflammés, un gros but à un moment clé. Et ensuite, plus tard, de belles prestations sous le maillot d’un grand club, il va sans dire.

Mais le grand gagnant dans cette histoire, c’est assurément l’Impact. D’une part, on a gagné des points avec une gestion de crise parfaite. Difficile de se souvenir d’une saga de cette ampleur qui ait pris aussi rapidement fin, presque aussi vite qu’elle avait commencé, et sans presque aucun arrière-goût. D’autre part, l’Impact gagne aussi des points sur le plan de la gestion du transfert éventuel de Ballou; aujourd’hui, les clubs intéressés savent qu’il faudra soumettre une offre juste, ou « sérieuse », pour pouvoir s’attacher les services du jeune médian. Également, et c’est peut-être là l’élément le plus important de toute cette histoire, l’Impact gagne des points grâce à une gestion de crise réalisée en équipe, par le personnel technique, les joueurs et l’état-major. Et cet esprit d’équipe renouvelé, ce sentiment de tous faire partie du même bateau et de tous ramer dans la même direction, ne pouvait arriver à un meilleur moment qu’à l’aube d’un très difficile sprint vers les séries éliminatoires.

Eric Chenoix
@EricVking
@capitainesoccer