Un 350e bien fêté grâce au foot

Bien avant son 375e anniversaire de fondation, la ville de Montréal avait fêté son 350e, en 1992, avec un tournoi de soccer de grande envergure, qui avait permis aux amateurs d’ici de voir des figures de proue du foot telles que Carlos Valderrama et Grzegorz Lato au Complexe sportif Claude-Robillard.

La Coupe du 350e anniversaire de Montréal avait suscité l’intérêt des différentes communautés culturelles de la grande région montréalaise, alors que le tournoi regroupait le FC Supra de Montréal, l’Independiente Medellin de la Colombie (et Valderrama), le PAE Korinthou de Grèce, le Cosenza d’Italie, le KAC Marrakech du Maroc, le PZL Stal Mielec de la Pologne (dont Lato était l’entraîneur), le Dynamo Moscou de la Russie et le CD Fuerte San Francisco du Salvador.

La compétition d’une semaine et demie avait attiré 4530 personnes par programme double en moyenne. À l’époque, un dénommé (!) Marc Tougas avait écrit dans le Journal d’Ahuntsic (hebdomadaire du quartier où se déroulait le tournoi), que « ce fut le meilleur des tournois, ce fut le pire des tournois »… en donnant bien sûr le crédit de son inspiration à Charles Dickens.

Ç’avait été le meilleur des tournois, entre autres, en raison de la prestation du FC Supra, qui s’était rendu jusqu’en demi-finale après avoir terminé deuxième de son groupe grâce à une fiche de 2-1 (victoires de 2-0 contre le Dynamo et Cosenza, défaite de 1-0 contre Medellin).

La victoire du FC Supra à son premier match du tournoi avait d’ailleurs donné lieu à un moment cocasse. En réaction à l’entraîneur russe qui avait attribué la défaite des siens contre cette petite équipe de la Ligue canadienne de soccer à la fatigue causée par leur vol en provenance d’Europe la veille, Robert Vosmaer, ancien joueur du Manic de Montréal qui était le pilote du FC Supra, avait répliqué : « Merveilleux. J’espère qu’ils vont revenir en avion encore demain. »

Ç’a été le meilleur des tournois, aussi, en raison de la présence d’un des visages les plus familiers du foot à l’époque, Valderrama, qui avait animé le jeu des siens à l’aide de ses passe lumineuses, tout en affichant une belle finition devant le filet.

« Je me souviens du but qu’il a marqué contre nous, a indiqué Cameron Walker, membre du FC Supra à l’époque, lors d’un échange en privé sur Facebook. Il a dirigé un lob de la tête au-dessus de Pat Harrington (le gardien). »

Les deux visages du Cosenza
Le tournoi a été remporté par l’équipe marocaine, qui avait impressionné par son jeu collectif homogène, élégant et engagé.

Tout le contraire du Cosenza, pourtant favori pour l’emporter puisque cette équipe avait failli monter en Serie A dans les mois précédents, mais qui a montré deux visages durant la compétition : un premier où ses membres semblaient indifférents au soutien d’un bon nombre de partisans italo-montréalais (en se présentant notamment à Montréal avec seulement quatre titulaires de la saison précédente), pour ensuite s’apercevoir (trop tard) que ce tournoi, c’était du sérieux, et finalement se faire éliminer in extremis des rondes éliminatoires lors de la dernière journée de la phase de groupe. Lors du match pour la cinquième place qui a suivi, les membres du Cosenza avaient quitté le terrain six minutes avant la fin, affichant ainsi une frustration accumulée qui avait notamment été attisée par une victoire accordée par défaut à Medellin en phase de groupe pour un joueur inadmissible chez le Dynamo, ce qui avait permis à Medellin de devancer Cosenza au classement.

Luciano Gidari faisait partie du comité organisateur local à l’époque à titre de président de l’Association régionale de soccer Montréal-Concordia, l’hôte du tournoi, et il avait agi à titre de liaison avec les gens du Cosenza.

« Il faut savoir que cette année-là, Cosenza semblait destiné à aller en Serie A, mais l’équipe a perdu son dernier match de la saison et n’a pas eu la promotion, puis leur entraîneur est parti et c’était un peu la confusion dans l’équipe », a raconté Gidari, en faisant allusion au fait que plusieurs joueurs ont alors quitté l’équipe, ou à tout le moins ne voyaient plus l’utilité de venir disputer un tournoi à Montréal. « J’ai fait remarquer à Francis (Millien, le directeur général du tournoi) que la seule manière de s’assurer que l’équipe vienne vraiment à Montréal, c’était d’aller les chercher en Italie… pour éviter qu’il y a en ait qui se ‘perdent’ en chemin!

« Mais une fois qu’ils sont venus ici, après avoir vu la manière dont la communauté les a accueillis… Ils voulaient vraiment gagner. Malheureusement, ils ont compris trop tard que le tournoi, ce n’était pas une semaine de vacances. »

Pourquoi pas un autre?
« Mais je n’ai que des bons souvenirs du tournoi, a ajouté Gidari. Il y a eu d’autres grands événements durant ma présidence à l’ARSC, mais pas comme la Coupe du 350e. »

À l’époque, les organisateurs disaient espérer que la Coupe du 350e s’avère le premier d’une série de tournois du genre. Leur souhait n’a pas été exaucé, même s’il y a eu un tournoi semblable en 2001 impliquant l’Impact. Ça n’a pas trop paru parce que Montréal a été ville-hôte des Coupes du monde U-20 (masculine et féminine) et senior féminin, ainsi que de grandioses matchs internationaux au Stade olympique impliquant l’Impact (dont ceux de la Ligue des Champions de la CONCACAF); mais selon Gidari, il y aurait lieu de répéter l’expérience.

Et pas besoin que ce soit la Juventus, le Real Madrid et le PSG pour attirer du monde, a estimé Gidari.

« Moi, je dis qu’il faudrait en faire un autre avec des équipes de deuxième division européenne, a-t-il noté. Par exemple, il y a plusieurs équipes de Serie B en Italie que les gens seraient contents de voir. Ce sont souvent de bonnes équipes parce que ce n’est pas facile de monter en Serie A. »

Marc Tougas
@TougasMarc