Montréal-Toronto : Trois constats sur l’Impact

L’Impact de Montréal s’incline logiquement face à un Toronto FC en pleine possession de ses moyens, déterminé à aller jusqu’au bout cette fois-ci. Le Bleu-Blanc-Noir n’atteindra donc pas cette symbolique marque des cinq victoires consécutives, record établi lors de la saison 2012 sous les ordres de Jesse Marsch. Un pas en arrière? Pas encore. Mais attention de ne pas glisser. Voici mes trois constats sur l’Impact

1) Toronto, c’est les meilleurs
Lors de la conférence de presse suivant le match contre le Real Salt Lake, Mauro Biello avait dit « on va jouer les meilleurs », déclaration qui avait immédiatement été interprétée par plusieurs comme « nous allons titulariser nos meilleurs joueurs ». Avec le recul, ce que Mauro Biello semblait vouloir dire, c’est : « on va affronter la meilleure équipe de MLS ». Et il avait raison. Le Toronto FC a démontré dans sa maîtrise du jeu, dans la complémentarité de ses éléments, dans sa collectivité comme dans les efforts individuels qui font la différence dans un match qu’il formait l’équipe de loin la plus efficace et la plus redoutable de toute la ligue. Le système de jeu proposé par Vanney est parfaitement assimilé et appliqué par ses joueurs et ceux-ci, malgré quelques éclairs de lucidité des Montréalais, n’ont jamais été déstabilisés. Autrefois, cette équipe perdait facilement les pédales. Ce n’est plus le cas. Toronto s’impose en favori pour la Coupe MLS.

2) À 0-1, ça ne sentait pas bon pour l’Impact
Le plan de match était simple. Trop simple, même. On reprenait à peu de choses près la formule et les ingrédients qui avaient permis une certaine réussite (60 minutes, plus ou moins) contre Toronto en séries l’an dernier, et on adoptait la même approche globale, soit le contre. Bref, on écartait Jackson au profit d’un Mancosu toujours en perte de repères (mais aussi mal, très mal servi par les joueurs devant l’alimenter, il faut le dire), mais on gardait, étrangement, la vitesse d’Oduro sur le banc. L’objectif était de profiter des espaces et tout le tralala auquel l’Impact nous a habitués au cours des dernières années, comme si Toronto n’avait pas changé depuis 2016, comme si les Reds n’avaient pas engagé en Vazquez le liant qui leur manquait parfois cruellement entre Bradley et l’attaque. Et tout ça impliquait donc le même bon vieux problème : l’incapacité de faire le jeu si on encaisse en premier et que l’adversaire nous laisse le ballon. Tout reposait donc sur ce premier but. Il fallait le marquer. C’est Giovinco qui s’en est chargé. L’Impact s’est embourbé ensuite… Sans mal jouer, Montréal a exposé ses faiblesses et son retard sur les meilleurs. Toronto version 2017, c’est simplement une des meilleures équipes de l’histoire de la ligue. L’Impact pouvait gagner, mais il aurait fallu beaucoup plus de hargne et un esprit digne de la Ligue des champions 2015. Ce match n’était peut-être pas suffisamment important…

3) Les carences montréalaises en matière de culture foot ont définitivement coulé l’Impact
Voilà un constat qu’on ne lit pas souvent. Normal. Ça prenait un événement exceptionnel, un enchaînement d’incidents particuliers et une absence totale et complète de compréhension d’un rôle effacé, presque invisible, mais qui peut avoir une incidence directe sur le résultat d’un match. Comme dimanche. J’explique. Tout juste avant le but de Jozy Altidore, Laurent Ciman, qui connaît trop bien la dangerosité de l’ex-Brugeois Vazquez, se fait aspirer par ce dernier qui se promène un peu trop librement sur le flanc gauche. Le Belge hésite à laisser Vazquez seul même s’il se retrouve très loin de sa position dans l’axe de la défense. Mais il n’a pas le choix, car personne ne semble se soucier du numéro 7 de Toronto. Ce faisant, il sait qu’il doit casser le jeu pour aller se replacer. Il y parvient en envoyant le ballon en touche. Et c’est là que tout fout le camp : le ramasseur de balle, que l’on suppose provenir de l’académie ou à tout le moins de la région de Montréal et être, normalement, acquis à la cause du Bleu-Blanc-Noir, n’est pas en mesure de comprendre que l’Impact est complètement désorganisé et doit se replacer. Et donc, au lieu de garder le ballon dans ses mains quelques secondes de plus ou de l’envoyer sur le terrain loin de tout joueur torontois, il l’envoie illico dans les mains de Vazquez, qui lance immédiatement le ballon à Delgado. Celui-ci profite de la désorganisation entre Lovitz, Ciman et Piette, et boum, c’est 0-2 et le match est pour ainsi dire plié. D’accord, le ramasseur de balle n’est pas le seul responsable de la chute, car, au bout du compte, ce n’est pas de sa faute si Altidore est laissé tout seul dans la surface, mais son empressement à remettre le ballon à Toronto a clairement un rôle important à jouer dans l’histoire. Il est grand temps que l’Impact sensibilise les ramasseurs de balle au fait qu’ils ne sont pas là que pour renvoyer un ballon sur le terrain quand on l’envoie hors des limites, mais qu’ils doivent le faire de manière à soutenir l’Impact. Parce que s’ils se mettent à aider l’adversaire, surtout l’ennemi numéro 1… Bref, c’est le genre de truc qu’on ne verra jamais à Istanbul, à Dortmund ni même à Kilmarnock. Là-bas, ils n’ont pas besoin d’explications.

Le classico aura eu le mérite de rappeler à l’Impact qu’il ne suffit pas de se hisser au-dessus de la ligne rouge; il faut aussi s’y maintenir. Dans le fond, si l’on fait fi de toutes ces histoires de rivalité, cette défaite contre Toronto n’est pas grave. Toronto, c’est les meilleurs. Un point aurait été souhaitable, mais cette défaite devait être envisagée. L’important, maintenant, c’est de ne pas sombrer contre un Fire, en chute libre et dans le doute, qui a encore en tête la lourde défaite subie sur le terrain du stade Saputo il y a peu. Malheureusement pour l’Impact, ce sera sans Ciman, Dzemaili, Piette, Jackson et Choinière partis en sélection…

Eric Chenoix
@EricVking
@capitainesoccer